The Truffe Diaries

interphones, logistique et bicyclette

06 octobre 2007

corporate kamoulox

Bon ami lecteur,

 

La dernière note t’avait suffit je suis sûre, car la partie féminine d’entre toi s’est chopé la cystite de la mort grâce à moi (elles ne se reconnaîtront pas car elles sont en train de souffrir le martyre sur le trône a l’heure actuelle). Donc là ceux d’entre toi qui sont revenus aussi rapidement pour des raisons inexplicables (je n’exclue pas l’hypothèse que ce soit tout simplement parce que t’as pas encore fini de lire la note précédente) doivent se demander : putain qu’est-ce qui la prend.

Je vais te dire, pas grand-chose, juste que maintenant je suis un peu le Flash Gordon du container de pinard. Du coup, à peine il est 15h30, que la vie de ma mère j’ai déjà TOUT bouclé mes dossiers de la journée. Maintenant faut que j’attende que le sempai ait fini ses conneries pour m’adonner aux opérations de maintenance quotidiennes, et comme en général le sempai finit ses conneries vers les 19h30, comme tu me vois je vais encore rentrer a 21h.

Ca me laisse du temps à tuer tout ca, comme tu t’en doutes.

Bon, je vais pas être cruelle comme l’autre jour, t’as pas mérité ça. Et puis y a Charlotte qu’est venu faire de la revendication en disant que (je censure hein, il l‘a dit beaucoup plus vulgairement tu t’en doutes) : le coup de la note de Nouel, ca faisait réchauffé, que vraiment il avait l’impression d’être pris pour un oursin, etc. Alors que j’ai parlé de son cul dans l’intro en plus, c’est vraiment une salope d’ingrate. Mais c’est vrai que je reconnais que le buffet de canapés au saumon vieux de 10 mois, c’est pas la classe ultime.

Alors puisque c’est ça, je te mets de la news fraîche dont même Reuters n’a pas encore entendu parler :

 

Dans mon bureau, le dénominateur commun appelé langue de communication n’existe pas. Officiellement c’est l’anglais, mais officieusement ca existe pas. A vrai dire, à mon taff que j’ai entendre les gens de diverses nationalités parler boutique revient à assister à un sommet de l’ONU sans les écouteurs de la cabine de traduction.

Pas plus tard que ya deux minutes, je vois mon semi-patron, le directeur de produit (le directeur du pinard, donc) débarquer écumant dans le bureau import maritime, et je sens que quelqu’un va morfler. Comme je te rappelle que l’étoile du jura, c’est moi, je serre les fesses, les dents et je couche les oreilles dans l’attente du choc. Ca c’est un truc que j’ai appris avec mon chat, le coup de coucher les oreilles. Y parait que quand elles sont couchées, l’adversaire a moins de prise pour les mordre. Sauf que sur mon chat ça a pas l’air de marcher trop, je crois que c’est parce qu’à force de se faire laminer par tout le quartier, t’as beau te replier les esgourdes en mode protection, c’est un peu comme faire trois tours de France de suite en ayant pensé au protège-couilles : t’as beau te mettre une grosse coque en Teflon pour etre bien protégé, a force de t’user le cul sur la selle du velo tu finis quand même par avoir des cloques. Mon chat à force que tout le quartier s’use les dents et les griffes sur lui, car la ressemblance avec un gros paillasson est si troublante que je doute que les autres matous aient bien compris a quoi ils avaient affaire, les oreilles à mon chat donc, malgré sa technique de protection on dirait un peu des documents confidentiels qu’une secrétaire viendrait de passer au shredder.

Schredder c’est aussi le nom du méchant dans les tortues ninja d’ailleurs, moi je l’aurais mauvaise qu’on m’appelle Agraffeuse, Calendrier des Pompiers ou du nom de toute autre fourniture de bureau qu’on retrouve un peu partout dans le monde, le mec je comprends que ca l’ait rendu méchant, mais la je sens que je m’égare un peu trop ami lecteur, on va revenir à la communication internationale au bureau si tu veux bien.

Adoncques. Je serre les dents et je couche les oreilles en attendant l’avoinée, mais comme Sainte Moustache la patronne des containers veillait sur moi, c’est mon estimée collègue qui pourtant a 20 ans de maison et qui fait circuler tout l’Asie à la baguette qui prend. Il faut savoir un truc au sujet de ma collègue qui fait tourner l’Asie : elle est bonne, et elle le sait. Range tout de suite ca, je voulais juste dire qu’elle est compétente professionellement, je te voyais déja évoquer les meilleurs moments du film Partouze à Pondichéry, mais aucun rapport (haha). Du coup comme la collègue est bonne elle aime pas trop-trop qu’on lui explique son boulot, ce qui la rend un peu réfractaire aux nouvelles idées.

Donc quand le Pinard Manager arrive pour lui expliquer comment faire son boulot, elle se réfugie dans le mode de défense qui a été mis spécialement au point pour le travailleur Nippon, dont les gênes sournois le trahissent des qu’il s’agit de se dresser contre la hiérarchie, tant il est vrai qu’il est génétiquement incapable de manquer de respect à la figure du chef tout-puissant. Dans ces cas-la, y a un truc merveilleux qui s’appelle la rébellion passive, ou la mauvaise volonté, pour traduire dans la langue des faubourgs. Et Dieu sait si le travailleur nippon en use libéralement.

Le manager commence à l’abreuver d’explications en anglais sur les raisons pour lesquelles il l’emmerde. Elle attend sans un mot avec un stoïcisme qui n’est pas sans rappeler celui de Marie-Antoinette face au peuple de Paris, ou celui de l’huître face a la sauce à l’échalotte si tu préfères. Je te mets une photo pour que tu comprennes mieux :

huitre

(Marie-Antoinette face au peuple de Paris)


Et donc quand le chef de produit a fini ses explications en anglais, la collègue entreprend posément d’expliquer en japonais pourquoi elle a fait ça comme ça. Son interlocuteur Pinard Manager écoute religieusement.  

Je précise à toute fin utile qu’il ne parle pas japonais.

Il répond donc en anglais. Elle attend qu'il ait fini, et lui ressert son argumentaire en japonais.

Le plus surprenant, c’est que justement je suis la seule a être surprise. J'assiste à une merveilleuse partie de kamoulox disputée de main de maître dans l'indifférence la plus totale.
Ces deux-là ont un dialogue de sourds depuis dix minutes, et tout le monde autour d’eux vaque dans la paix de l’esprit. Y a pas un pèlerin qui se propose pour traduire et moi je la ferme parce que j’ai peur qu’en me voyant arriver le Pinard Manager se rendre compte que, tant qu’on y est, y a un truc avec les imports de France qui merde aussi. Je m’écrase donc préventivement, je garde les oreilles soigneusement couchées et j’attends que ça passe.

Inutile de te dire qu’en conclusion d’une scène pareille, tu vois bien un dénouement à la Monthy Python avec le patron qui sort en disant “donc on est bien d’accord, fromage de chèvre sur le tracteur et on relance la moquette hein?” et elle de répondre “pas de problème, dans le troisième tiroir à gauche après la grosse sardine”, ou un truc du genre.

Eh ben trop pas ami lecteur.

Le pire dans tout ça c’est que les deux, au final, arrivent quand même à s’entendre au sujet d’éléments pourtant complexes et généralement sujets à litige (a savoir qui va raquer).

 

Bon t’es comme moi, t’as imprimé dans tes gènes le souvenir de la guerre de 70 où, parce que Bismarck a réussi à les convaincre d’arrêter de se mettre sur la gueule entre eux, la France s’est fait mettre tout court par ces enculés de Prussiens. Ami lecteur tu sais donc aussi bien que moi que, quand l’harmonie règne chez ton voisin, c’est là que tu dois commencer à baliser pour tes plates-bandes[1].

L’Histoire ayant une certaine tendance à se répéter, ça n’a loupé : à peine le susdit manager avait-il pacifié la zone Asie que je recevais un mail vengeur de sa part, comme quoi je contesterais les factures de la France un peu trop souvent à leur goût.

 

Putain marre d’être du côté des loseurs, marre d’être française.

Maintenant c’est décidé je veux être du côté des méchants.

Jveux devenir Prussienne, ou alors Nord- Coréenne.



[1] A “trou du cul la femme, chausson par la fenêtre”, “homme en retard, liaison dans le tiroir” et autres citations condensant toute la sagesse humaine, je propose donc d’ajouter “harmonie du voisin, rififi au jardin”.

 

Posté par MeryllB à 07:49 - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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