The Truffe Diaries

interphones, logistique et bicyclette

01 décembre 2007

State enemy de pain

(ou : le retour du post long ctb[1])

 

Toi qui fais partie du commun des mortels, ami lecteur, tu crois sans doute comme tout le monde que pour avoir une vie trépidante, pleine d’aventure, de danger, d’adrénaline et de complots, il faut s’appeler Jack Bourre-la-Reine et travailler au CTU, ou au moins à défaut être un parent lointain d’Axel Bauer et bourrer Zazie[2]. 

Eh ben je m’en vais te prouver que pas du tout et que ma vie, si je veux, c’est un épisode de 24, mais en plus palpitant et sans les coupures de pub.

Malgré la tragique disparition de l’empoileur national dans l’épisode précédent, je continue la bataille parce que ces enculés de pouilleurs de factures de la France, faut pas rêver non plus, c’est pas parce que mon Gros a passé l’arme à gauche qu’ils vont arrêter de faire des expériences rigolottes avec le logiciel de compta. « Dis-donc Monique, si on prend un des dossier créditeurs de Tokyo, qu’on leur dit qu’on leur prélève 15 dollars de part de profit mais qu’en fait on leur encule 300 euros par-derrière, tu crois qu’ils le verront ?  -Je sais pas essaye ». Et Monique a bien raison de dire d’essayer, parce que je ne me rends compte du complot qu’une fraction de seconde avant qu’il ne soit trop tard, une heure avant la clôture des comptes pour le mois, et j’arrive à imprimer la facture une minute avant que le programme ne ferme. Ouf, l’Amérique est sauvée.

Mais d’AUTRES périls me guettent. Le Péril Jaune notamment. Tu n’imagineras jamais, ami lecteur, comme le développement économique tentaculaire et sauvage de la Chine est une menace permanente pour mon quotidien. Tiens rien qu’hier, j’ai toujours pas compris pourquoi, mais mes containers de morue en partance de Norvège ont eu tout soudain besoin d’une facturation UWGENTE du Japon, vers la Chine. On n’est jamais tranquilles, hein. Ces enculés de Chinois, quand c’est pas les Coréens du Nord  avec leurs missiles ce sont eux avec leurs trafics qui viennent menacer l’intégrité de notre département import, effectuant un lent travail de sape pour nous faire perdre la confiance du citoyen américain de la ménagère de moins de 50 ans du client acheteur de morue en nous poussant à la faute. Ils n’ont pas eu à pousser très fort d’ailleurs : j’ai toujours pas compris ce qu’il fallait que je fasse, et visiblement l’ordinateur a compris que j’avais pas compris parce qu’il a pas compris non plus. Après une demi-heure de féroce bataille sous le CIEL de Toscane, ma facture sort, complètement en bretzel, j’ai pas fait raquer le bon gars, c’est pas le bon montant, et la camelote ne vient pas de là où elle devrait venir. Le vendeur, à qui ça en touche une sans faire bouger l’autre de savoir qu’on est en fin de mois et que je dois scanner tous les dossiers de mes amis Français pour repérer l’enculade à 200 euros qu’ils ont tentée sur quasiment chaque chargement, parce qu’ils sont joueurs, un peu, le vendeur trépigne pour avoir sa facture à Morue TOUSSUITE. Je te précise qu’il est déjà 21h30, que j’ai 1200 mots à finir pour le nanowrimo à la maison et que je dois tout poster avant minuit, douzième coup de, sinon je perds. Si je gagne je gagne rien mais si je perds je perds ma fierté, ou ce qu’il en reste. Le sempai doit lire dans mon regard meurtrier mon intention de beugler au vendeur d’aller se faire mettre avec un ananas monté sur un manche de pioche, parce qu’il prend les choses en main. Depuis qu’il est amoureux, le sempai est drôlement réactif à la souffrance autour de lui, c’est devenu un peu la Mère Thérésa des bidonvilles de la photocopieuse. Ainsi donc, pour sauver mon honneur, celui du département, le pontage du vendeur et l’Amérique, le sempai empoigne la facture, une feuille de papier officiel, et à l’aide d’un astucieux procédé requérant l’usage d’un équipement hautement technologique (des ciseaux, un pot de colle et un fax), le sempai me bricole un FAUX. Oui tu as bien entendu, maintenant qu’il baise, le sempai est devenu l’Arsène Lupin du container de morue, et lui qui ne volerait pas un carambar, il est en train de me fossoyer une facture pour 600 dollars. Si le client ne sait pas que la facture est un faux et que la somme est juste, après tout, personne ira vérifier ce que j’ai foutu avec les données hein. Je suggère de tenter l’enculade à 200 euros pour me venger sur quelqu’un, mais le sempai fait les gros yeux, et je comprends que c’est pas une bonne idée. La facture finalement pipeautée et remise au vendeur par le sempai qui a les doigts qui collent, je peux me concentrer sur le finish de mes dossiers de la France. Mais comme chez Axel Bourre-la-Reine qui ne se repose jamais, ne fais jamais pipi et n’a jamais le temps d’en griller une entre eux attentats, au moment où j’ouvre le logiciel de compta, un mail crypté m’arrive du troisième étage.

Je crois avoir mentionné plus tôt que, bien que la langue de communication dans ma boite soit l’anglais, la plupart des Japonais qui y bossent le maîtrisent avec toute la fluidité d’un élève de CM2 en activité d’Eveil. Je dis rien, mon japonais ne casse pas des briques de lait de soja non plus, mais inutile de te dire que quand tu as en face de toi une collègue japonaise qui doit avoir des gènes corses vu son ouverture d’esprit, qui bosse comme une pine d’âne et qui en plus préfère te téléphoner plutôt que de t’envoyer des mails quand vous ne vous comprenez pas, là t’es dans la merde. Tu vois l’épisode de 24 quand il tente d’extorquer des informations à la copine Mexicaine du méchant terroriste, sauf qu’avec son accent espagnol il comprend rien et que la fiole qui contient le virus de la pneumonie du sida survole les Etats-Unis d’Amérique dans un ULM conduit par un Irlandais alcoolique recruté chez l’IRA ? Voilà ça te donne une idée. Quand on parle en japonais elle me mitraille à 150 à l’heure et quand on parle en anglais… Je crois qu’on n’a jamais parlé en anglais. Ou si elle a parlé en anglais j’ai pas remarqué que c’était de l’anglais. Bref, si tu vois les énigmes du père Fourasse, ça te donne une idée du mail que je reçois. Sauf que là le dossier demande une facturation UWGENTE, elle m’explique pourquoi le tarif du fret maritime doit être multiplié par le nombre de taches de lie de vin sur la fesse gauche des membres du haut-clergé de l’église romane catholique un soir de pleine lune avant midi, et en plus comme il est 22h le vendeur en charge du client est depuis longtemps rentré chez lui et tu es seule face à l’ordinateur et au mail crypté. Et là si tu ne résous pas l’énigme dans le temps imparti, c’est pas les lions qu’on va lâcher, c’est pire : la collègue va monter. C’est pas le sempai qui pourra te sauver sur ce coup-là, il parle anglais à peu près comme la collègue en question. Laisse-moi te dire que le Da Vinci code c’est de la pisse de lapereau d’une semaine en comparaison.

Et c’et là que tu te dis que merde, vu l’heure qu’il est, c’est pas une facture reportée sur le lundi matin qui va tuer qui que ce soit, un peu comme quand on décide qu’on ne peut pas sauver TOUTE l’Amérique non plus, pas TOUT LE TEMPS, et que la population de Bagdad, Texas (300 habitants) est attaquée par le virus de la pneumonie du sida alors que l’Irlandais kamikaze écrase son ULM dans un château d’eau qu’il avait pris pour les Twin Towers, car il avait emmené une bouteille de Jack Daniel’s pour se tenir chaud pendant le trajet.
Donc arrivé à 23h15, j’ai un peu envie de crier go fuck yourself San Diego au monde entier. Je finis par sortir avec frénésie la dernière facture pour la France, y a toujours une perte de 8000 yen sur ce dossier mais arrivé à ce stade, j’en ai plus rien à foutre, parfois il faut laisser l’ennemi gagner afin de mieux préparer la revanche, Jack, d’ailleurs tu vas devoir revenir au bureau demain parce que t’as des trucs à finir, mais là pour l’instant l’urgence extrême c’est le nanowrimo.

Donc je me jette dans le train à 23h24, top chrono, j’ai jusqu’à minuit, 1200 mots, en tapant sans respirer et sans aller à la ligne ou mettre de point, je peux le faire. Si je chope mes correspondances pile sans avoir de vieille qui se traîne devant moi dans les couloirs, mais là je te jure que la vieille, je l’empoigne par le jupon et je la jette sous le train, fini l’éducation catho, je reviens à l’état sauvage. La sûreté du pays ma santé mentale mon honneur est en jeu. Arrivée à Iidabashi, Je me jette impétueusement dans la tourmente des couloirs, rapide comme une consultation de psychiatre au Japon[3], taillant à short à tout être vivant osant se dresser sur mon passage. Explosant le record mondial d’aquaplaning longue distance, sans aqua et sans surface plane, j’arrive à temps sur le quai pour voir les portes du train se fermer narquoisement à mon nez, avec des paquets de salary men, women, enfants chinois et chiens d’aveugles pressés dedans comme le poulpe dans son bocal de vinaigre coréen. Je suis presque soulagée de l’avoir raté celui-là. Sauf que, bien évidemment, lorsque le train suivant arrive (UN QUART D’HEURE après) la même file d’attente s’est créée derrière moi, et je suis impitoyablement pressée contre la vitre d’en face. Quand je descends deux stations plus loin, faisant fi des leçons de maman, je charge comme un taureau à travers la foule et me précipite hors de la gare en laissant derrière un couloir sanglant d’usagers blessés hurlant à la mort. Il est minuit moins cinq quand je déboule dans la rue, je manque de péter mon talon en courant jusque chez moi. Il est minuit moins une quand j’arrive devant le bâtiment, je cherche les clefs dans ma poche que je trouve pas, sa mère la pute, même Jack Bourre-la-Reine n’a jamais vécu un stress si intense, elles étaient planquées dans la doublure les connasses, je défonce la porte et traverse l’appartement en vol plané pour écraser le bouton « on » de l’ordinateur, trop tard, minuit sonnent, dong dong dong ( mais imagine-le 12 fois, je vais pas tout t'écrire non plus), je deviens officiellement la première perdante du nanowrimo à devoir son échec à une coalition container de morue / père Fourasse.

Mais NON ! Telle Jack Bourre-la-Reine, je refuse l’échec ! Aucune loucherie n’est trop louche, aucune bassesse n’est trop basse, aucun mensonge trop mensonger et aucune tricherie trop (valse) trichienne pour protéger mes braves concitoyens qui votent, surtout ceux qui vivent autour de moi, surtout Yumika, car c’est elle qui de la chambre à côté profitera le mieux de mes hurlements, vomissements et sanglots de désespoir et qui risque d’être blessée par les objets volant à travers la pièce, surtout mon ordinateur portable.

Ainsi donc, comme la sûreté de l’Etat de mon appartement de mon ordinateur est en jeu, je décide de tricher. Je vais sur le site du nanowrimo, dans les paramètres de l’utilisateur, et, par un procédé technique complexe de clic sur les menus déroulants, je change mon fuseau horaire pour celui de la France. Après tout merde j’ai le droit, je suis Française et j’utilise mon fuseau horaire national si je veux. Ainsi, grâce à Greenwich qui est maintenant mon ami pour toujours, j’achète une heure et demie supplémentaire qui me permet d’arriver à 50042 mots et donc, cette fois encore et presque sans tricher, de GAGNER LE NANOWRIMO.
Sauf que comme j’ai triché un peu quand même, je n’ai pas le sentiment de triomphe des années précédentes. Je dois avoir un reste d’honnêteté qui demeure, tout au fond.

Accessoirement ce roman est le roman le plus à chier qui ait jamais été écrit, il dépasse encore en nullité les voyages dans le temps de la bonne sœur et de son extra-terrestre produits il y a cinq ans sous l’influence permanente de la bière allemande. Et boire c’est mal. Et pousser les gens dans le train pour sortir plus vite, c’est mal aussi. Bâcler les dossiers pareillement, si je retourne pas au bureau demain je vais me fustiger tout le weekend.

Papa maman, MERCI POUR LA SCOLARITE EN ECOLE CATHO.

 

Donc voilà ami lecteur, tous ces efforts pour, regarde un peu, ça.

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Le premier qui dit que c’est moche se prend une baborenn.

 

 



[1] Ctb, pour les innocents, ça veut dire Chamonix - Tours en Bus

[2] Zazie si tu nous regardes, pardon

[3] « Des anxyolitiques, un petit joint et ça ira bien, personne suivant s’il vous plaît »

Posté par MeryllB à 09:33 - Commentaires [13] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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