17 février 2008
asta le visa, baby (1)
Cher loulou
Je te préviens tous que je vais pas être là pendant deux jours mais vu que je peux disparaître deux ou trois mois sans que ça t’en touche une ni que ça fasse bouger l’autre, c’est plus histoire de dire que si je reviens plus jamais pour de bon, c’est pas parce que j’ai fini par convaincre Takeshi Kaneshiro que ça fait des années qu’il est amoureux de moi, mais qu’il ne s’en était pas rendu compte car il avait étourdiment oublié de me rencontrer.
Non, si je reviens pas c’est parce que je me suis faite bouffer dans un ragoût de chien. Ou que je suis au fond d’un lit d’hôpital coréen avec les quatre membres brisés.
Oui parce que grâce aux indications précises et éclairées de mes amis du bureau d’immigration de Tokyo (« pour obtenir votre visa de travail, il n’est pas nécessaire de sortir du pays mais il serait néanmoins conseillé de sortir tout en ne sortant pas »), je fais un voyage éclair en Corée, c’est pas le moment, j’ai pas le temps ni la thune et en plus en hiver dans ce pays de sauvages on se pèle le jonc, là je suis occupée à taper alors je peux pas claquer des doigts, mais tu sais sûrement qu’à Pyonyang y a des gens qui meurent, clac, et dans une minute tu te rappelleras de claquer à nouveau des doigts si tu veux bien parce que y en aura un autre qui sera mort entre temps, clac voilà, si tu as la télé et que tu regardes les campagnes de sensibilisation qui passent en même temps que les pubs pour vendre les tickets des concerts des Enfoirés, tu vois très bien de quoi qu’est-ce que je cause.
Donc oui, j’ai pris un billet d’avion pour la Corée, pour deux jours, et comme le package le moins cher c’était un tour de personnes âgées, je vais faire le tour de la ville dans un bus à aller regarder les temples les plus connus par la fenêtre ainsi que la grande Porte du Sud, un peu leur tour Eiffel à eux sauf qu’elle a brûlé, mais comme ils n’allaient pas changer le programme du tour on va quand même aller voir les ruines fumantes, je te ramène des photos et un peu de kimuchi.
Oui parce que parmi les délicatesses culinaires coréennes qu’on ne présente plus, y a pas que le chien et le poulpe au vinaigre hein. Y a le kimuchi. Si tu veux savoir ce que c’est tu demanderas à Yumika, rappelle-toi qu’elle aime cuisiner de l’ail à deux heures du mat et ça te donnera une idée de la nocivité de la chose. Le destop ne s’est jamais développé sur le marché japonais uniquement parce que les gens ont remarqué que c’était plus efficace de jeter des morceaux de kimuchi pur dans l’évacuation de leur évier.
Mais si tu croyais que les trésors nationaux en ruines, les grand-mères incontinentes et les périls culinaires étaient les seuls dangers qui me menacent de demain à après-demain, ami lecteur, tu te goures amèrement. Ca encore, j’aurais pu m’en tirer.
J’ai survécu aux mémés qui aiment le bowling et voient en la personne des passants dans les rues de Nagasaki une occasion de tenter un strike, j’ai survécu au musée de la bombe avec ses métacarpes humains fondus dans le verre des vitraux, et j’ai même survécu aux restaurants de coin de rue où la graisse qui émane des brochettes (d’anus de porc donc) s’est figée en stalactites noires le long du fil de l’ampoule qui pendouille dangereusement au-dessus des casseroles dans lesquelles le cuistot transpire abondement.
Je me sens donc prête pour la Corée.
Là où je suis moins sûre de mon coup par contre, c’est quand le sensei de mon dojo s’avise qu’il a un bon copain qui fait le sensei dans un dojo à Séoul, et qu’il faut absolument que j’y aille.
Le sensei copain en question là, il parle que Coréen. Alors je vois les dialogues d’ici : « bon alors je te colle un coup dans la gueule et toi tu pares » moi : « qu’est-ce qu’il me veut lui ? …AIE ! » lui « ben pourquoi t’as pas paré ? »
Il était champion de Corée de kickboxing dans son jeune temps paraît-il.
…
Putain je l’aimais bien pourtant ma cloison nasale.

(chien coréen à tentacules dans son bocal de vinaigre)
(1) : c'est du Coréen et ça veut dire "ton visa, tu peux te le fourrer dans la turbine à chocolat, et bien profond"