Je suis dans l’groove, ami lecteur.

Le coup de la brève de comptoir c’était une illumination du Saint-Esprit.

A quelques jours de distance, EU’J’REPOSTE.
(oui parfois pour ne pas oublier la belle pluralité de notre culture française, je te fais des petits accents locaux. La c’était mon interprétation du Pas-De-Calais).

 

A partir de maintenant, tu vas te faire spammer le RSS comme si c’était ton vieux blog sur 20six , j’te préviens.[1]

Alors hier j’étais comme d’ordinaire dans mon rade favori du bas de la rue, en train de vider des godets et de tenter d’enseigner trois pas de danse bretonne à la compagnie, malheureusement en vain. Au passage je te raconte pas comment va craindre du cul le premier fest deiz d’Osaka qui a lieu ce dimanche, j’ai des bonnes chances de me faire étrangler par ceux à qui on avait vendu du rêve et de la geisha à poil dans ses boutoucoats une fois qu’ils se seront rendus compte de la supercherie malhonnête en m’apercevant seule dans ma marinière, serrant sur mon coeur mes CDs des Sonerien Du.

(ah tu le saviez pas, hein, que j’aimais les danses bretonnes. Et qu’en plus j’avais décidé d’élargir le cercle de ma nuisance sur Osaka. T’inquiète j’ai encore plein de vices cachés comme ça, on a beau se connaître depuis huit ans on s’est pas encore tout dit).

Donc voilà, on était en train de mettre des coups de pieds dans les meubles quand soudain...

Soudain débarque une nouvelle habituée que je ne connaissais pas, et pourtant vu que je suis devant, derrière et parfois sous ce zinc presque tous les jours que Saint Pampalon[2] fait, je te garantis que je les connais toutes, et même parfois la couleur de la culotte de celles qui tombent de leur tabouret.

Donc cette jeune personne arrive en traînant derrière elle une autre jeune personne mais plus jeune et de moins d’1m50.

Il nous faut à tous un moment pour tirer la conclusion logique des informations rapportées par nos yeux incrédules : une enfant. Dans ce bar. Avec des Français qui cavalent en mettant des coups de coude dans les fumeurs installés au comptoir et occupés à lever leurs coudes à eux, tout en écoutant le barman raconter une histoire de cul.

Hot damn.

On arrête les coups de pieds, les coups de coudes et même l’âpre compétition de lever de coude au bar est interrompue car on essaye de trouver un tabouret pas trop sale pour la mouflette qui nous regarde placidement.
Il  s’avère que la jeune personne est une maman de 42 ans et que son enfant en a 9. C’est trompeur l’âge chez les Japonaises.
Elle vient nous voir avec sa progéniture car la progéniture n’a pas de babysitter et elle, elle a un mec français. La connection ne me paraît pas flagrante.
Une heure plus loin, la connexion ne me paraît toujours pas évidente mais ce qui est certain, c’est qu’il est 23 :30, que la morveuse en a rien à carrer que je sache faire l’ombre d’un lapin sur le mur avec mes doigts, qu’elle a fini son verre de guernadine et qu’elle se fait chier comme un rat mort. Assise sur son petit tabouret, écrasant avec sa paille les quelques gouttes qui traînent encore au fond de son verre, elle raconte pas grand-chose si ce n’est, sur sollicitation, qu’elle est moyennement ouachée par le lumineux projet maternel qui consiste à les exiler à Paris.
Je peux comprendre qu’à 9 ans on ait peur de partir à l’étranger, et apparemment elle est particulièrement traumatisée par le fait qu’on la fera dormir dans une chambre à part et non plus avec maman. Je préfère ne pas lui expliquer qu’elle sera encore plus traumatisée si elle continue à dormir dans le même lit que maman.

Bref, cette maman responsable qui est en train de descendre son énième verre m’explique que son mec a un bon boulot à Paris mais qu’elle est pas trop-trop sûre de son plan car dit-elle, il se plaint de ses cheveux noirs par terre dans la salle de bains et de ce qu’elle utilise trop de PQ.
Inutile de te dire qu’en entendant ces propos, je flaire instantanément le mari et beau-père modèle. 
Notre cliente n’a pas l’air de partager le sixième sens féminin qui se met en alerte chez toutes les usagères au comptoir alors que nous tentons de lui insinuer délicatement que son projet est daubé du cul.
Du coup pour me prouver que j’ai bien tort, elle l’appelle et me colle son téléphone dans l’oreille. Je reprécise à toutes fins utiles que jusqu’à ya une heure je n’avais jamais vu cette greluche de ma vie. Tout ce que je déduis d’une conversation de deux minutes avec un mec aussi ahuri que moi c’est qu’ aucun de nous deux n’a vraiment compris ce que l’autre venait foutre au bout de la ligne.
Je tente l’argument de la dernière chance : oui mais et la gamine, elle va aller à l’école ou bien ? Ce sera pas trop dur pour elle de quitter tous ses repères ? La mère répond avec philosophie que de toutes façons elle est incapable de lire le japonais et que donc elle ne pourra qu’être plus heureuse en France.

Bon.

Pour regarder le côté positif des choses, on peut se dire qu’au moins à Paris la mioche aura moins de chances de manger des légumes radioactifs.

Par contre elle risque de se faire tirer son passeport à Châtelet et après elle sera sans papiers et il ne lui restera plus qu’à intégrer une fabrique de gyoza illégale dans le quartier chinois où elle travaillera misérablement jusqu'à la fin de ses jours. Et quand elle sera trop vieille pour travailler elle sera mise dans un charter à destination de Kaboul parce que les mecs de l'immigration ils ont pas des très bons yeux.



[1] Et c’est là que les requêteurs google égarés qui pensaient naïvement trouver des photos de cul mettant en scène des bigoudènes et la mule du curé de Camaret, ce qui les trahit comme ayant moins de quinze ans ou plus de soixante-quinze ans, se demandent tous ce qu’est 20six.

[2] Bon je t’explique plus, tu sais comment on fait : tu regardes sous glouglou, tu comprends que comme d’habitude je t’ai raconté des conneries, tu rigoles un peu s’il te plaît, et puis pour finir tu remercies Google de t’avoir empêché de passer pour un oursin dans la bonne société de ton village.