plage école aérobie

Avoir un diagnostic de TPL (oui maintenant on va s’exprimer avec des acronymes de pro de la disjoncterie, TPL c’est Trouble de la Personnalité Limite, tu sauras), c’est un peu comme trouver la fève dans le gâteau et se péter une dent dessus. Après des années à creuser dans la galette, t’as tiré le jackpot certes mais t’en as gros parce que t’as mal et tu vas devoir bouffer de la soupe pendant un bon moment.

En d’autres termes : depuis le temps que tu te tâtais le fion en cherchant ce qui va pas chez toi, t’es content d’avoir trouvé, mais avoir un TPL c’est pas précisément la fête du slip. Bon OK, les personnes souffrant de maladies mentales sympa comme les bipolaires et les schizo l’ont pas trop facile non plus donc on va pas pleurer Causette, mais le TPL, c’est quand même le relou que personne a envie d’inviter à la fête même quand on est 13 à table.

On va se le dire, une journée paisible de la vie d’un.e TPL ressemble à une formidable aventure dans le Space Mountain de Disney, si tu remplaces les planètes du système solaire par d’effrayantes merveilles comme une cafetière qui refuse pernicieusement de fonctionner ou un connard qui te klaxonne le cul. Tu te réveilles le matin au taquet de chez taquito, tu rebondis sur les murs tellement que c’est génial, tu vas au boulot OMG c’est super, et puis quelques heures après, pour des raisons qui restent à éclaircir mais qui ont possiblement à voir avec le fait que ta meuf n’a pas immédiatement répondu à ton texto / ta patronne fait la gueule / Bolsonaro a été élu (rayer la mention inutile), tu touches le fond de la cuvette encore plus bas que le petit bloc de canard WC, et tu as envie de mourir ou au moins de t’enfermer dans les chiottes du bureau pour une petite séance de chialing thérapeutique. A la fin de ta journée t’es complètement cuite, comme celle que tu rêves de te payer à ton PMU favori pour oublier toutes ces émotions.

Pour user d’une autre image : si la vie est un sac de Jelly Beans, avoir un TPL, c’est comme taper dans un paquet de chez Bertie Bott. Tu sais jamais sur quelle saveur tu vas tomber, et les options « sécrétion nasale de belle-mère » et « cocktail pamplemousse-dentifrice » AUSSI sont sur la table. Fondamentalement, tu sais pas très bien qui t’es quand tu te réveilles, et t’es encore moins sûr.e de le savoir quand tu te couches, et ça se peut que tu dormes pas beaucoup entre les deux because anxiété. Alors d’un côté c’est fabuleux, tu te réinventes constamment. De l’autre, tu te sens comme une bouilloire sous pression qui des fois disjoncte et des fois non.

Bon. Je sens que c’est pas clair. Compte pas sur moi pour te faire une revue de littérature et je t’annonce d’emblée que je suis pas psy, donc si jamais tu te poses des vraies questions, je te recommande de lire sur le sujet et d’aller voir des gens plus fiables que moi, comme ton médecin par exemple. Je vais quand même me lancer avec la proposition suivante, qui va être admise sans débat si ça te fait rien (sauf dans les commentaires si ça te tente, pas d’insultes sur les mamans tu connais le principe) : tout le monde est un peu fou. Les personnes vraiment équilibrées et exemptes du moindre petit pète au casque sont une rareté, et la plupart des gens que nous fréquentons au quotidien évoluent joyeusement dans le grand bordel social avec leur carrosserie cabossée et leurs petits traumatismes personnels. C’est pas grave, on survit pareil. Ca commence à devenir problématique quand il y a souffrance, que ce soit la sienne propre ou celle de l’entourage, c’est là toute la nuance entre les traits de personnalité (« je suis colérique ») et les troubles de la personnalité (« je pète des plombs au travail et n’arrive pas à garder un emploi stable »). Pour reformuler : on est malade quand on se sent malade, ou quand on est entouré de plein de gens qui insistent vigoureusement qu’on l’est (et là ça vaut le coup de se demander si on n’est pas entouré par des cons). Selon l’institut national de la santé publique du Québec, entre 13,4 et 14,8% de la population québécoise ont reçu un diagnostic de trouble de la personnalité en 1996 (oui si j’étais journaliste je te trouverais de vraies sources récentes).

La différence entre un trouble de la personnalité et une maladie mentale comme la bipolarité ou la schizophrénie, c’est que dans le cas de ces deux dernières, c’est directement la chimie de ton cerveau qui est fuckée, elle l’est à vie, et t’en prends pour perpète avec des médocs aux effets secondaires folkloriques. Alors que les troubles de la personnalité, bien que nécessitant parfois la prise de médicaments (scoop : pour le TPL à part les antidépresseurs et les anxiolytiques on n’a pas trouvé grand-chose), se soignent essentiellement par le biais d’une thérapie. Du moins quand tu ne bénéficies pas du double effet kiss cool de la comorbidité, qui fait que tu peux avoir les deux à la fois. C’est là que la recherche d’un diagnostic puis d’un traitement devient un vrai enjeu, et si t’es motivé.e pour te sortir des ronces, t’as intérêt à enfiler de grosses bottes de pêche pour aller patauger dans la rivière de caca parce que t’es pas forcément très aidé.e par le système. On y reviendra un autre jour.

Si comme moi on décide d’aller consulter un.e psy, et que devant l’absence d’efficacité des thérapies habituelles, on demande à passer des tests pour comprendre qu’est-ce que c’est donc qu’on a, esti, y'a de fortes chances pour que le résultat des tests se réfère à la classification du DSM pour poser un diagnostic. Le DSM, nous informe notre ami Wikipédia, est le Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, soit un ouvrage de référence publié par l'Association américaine de psychiatrie décrivant et classifiant les troubles mentaux. Cette classification est elle-même sujette à de nombreuses controverses, et on l’accuse notamment de créer des maladies permettant de vendre des médicaments ou de décrire des troubles de façon parfois peu claire. Quoi qu’il en soit, quand que c’est la seule forme d’explication faisant du sens par rapport à ce que tu vis, t’es content de la trouver.

La dernière version du DMS, qui est la 5ème, identifie 6 troubles de la personnalité distincts, qui peuvent affecter le fonctionnement des personnes concernées à divers niveaux de sévérité. L’association française pour l’information scientifique  les décrit ainsi : Schizotypique, Limite, Narcissique, Antisocial, Évitant, et Obsessionnel. Ces troubles sont identifiables selon 5 traits et 25 facettes. Pourquoi autant de modulations ? Parce que c’est le bordel. On peut correspondre à la description de plusieurs troubles, à divers niveaux de sévérité, et la classification elle-même évolue constamment (et c’est pas une mauvaise chose, vu que jusqu’en 1976 le DSM considérait l’homosexualité comme un trouble de la personnalité). Par là-dessus chacun.e d’entre nous a son petit caractère. Parmi les TPL  on peut trouver des personnes qui vont péter des plombs dans des colères de proportions bibliques, ou qui vont s’enfiler des pilules comme si c’était du bonbon pour finir aux urgences après ce qu’on appelle une TS (acronymes et professionnalisme dans le vocabulaire de la cramitude, TS = Tentative de Suicide, on retient), ou encore les personnes qui, lorsqu’elles se mettent en colère, au lieu de faire des scènes et casser des potiches comme Cléopâtre dans un film d’Alain Chabat, vont régler leurs comptes avec elles-mêmes à l’aide d’une petite lame de rasoir et d’un endroit calme (ces personnes ont une affection particulière pour les manches longues). Bref trouver un diagnostic et une thérapie qui marchent pour toi dans tout ce merdier, c’est comme chercher une seule fève dans une pièce pleine de gâteaux. Autant te dire va falloir en bouffer de la galette, même quand t’as plus envie.

Cependant je dois dire que, si le jeu en vaut indubitablement la chandelle, ce qui te garde motivé.e, la période de recherche en elle-même a aussi ses intérêts. On peut faire de merveilleuses rencontres et découvertes quand on est en errance diagnostique. S’informer sur les maladies mentales, les traits et les troubles de la personnalité, c’est aussi voir sous un autre jour la société qui nous entoure, mieux comprendre et accepter les petites spécificités de chacun.e, et apprendre à aimer les gens parce qu’ils sont tous un peu cramés, et que c’est ce qui les rend belles, beaux et attachiants, tout comme on espère être reconnu.e et aimé.e soi-même. Même quand on est chiant.e.