Tu vas encore m’accueillir avec les bas qui plissent et le rouleau à pâtisserie en m’accusant d’être en retard et de rentrer encore soûle comme un cochon.

Je vais me dédouanner avec les excuses habituelles :

  1. Je suis une grosse menteuse, faut jamais me croire quand je te promets des étoiles, des voiles et de la note hebdomadaire
  2. Je suis salariée et à ce titre de temps en temps, forcée de travailler. Comme par exemple le mois dernier quand j’ai dû babysitter des producteurs de foie gras au Japon pendant deux semaines avant de babysitter des collègues japonais en France pendant une autre semaine. Il faudra d’ailleurs qu’un jour je te raconte ces épiques moments de tourisme de l’extrême[1] composés de cigarettes fumées en toute illégalité (et ce malgré mes sévère exhortations) dans les chambres non fumeur, de traumatismes suite à une puissante engueulade prodiguée par une grosse Antillaise qui travaille à CDG qui laissa mes deux collègues tremblants sur le carreau, et comment l’un d’entre eux a même tenté de pécho la mère tape-dur de chez notre fournisseur de viande de porc en Bretagne profonde. Tout ceci sans la moindre langue de communication commune avec les protagonistes français.

Mais ce serai pour une autre fois. Cette fois-ci je vais te parler de ma troisième excuse :

  1. J’ai la hanche qui s’démanche

Je te la fais courte parce que je sais que t’as ta dose avec taty Germaine qui te parle de sa sciatique, mais en gros ça fait des années que je me roule sur des tatamis, que je me prends des gants de boxe dans la gueule et en cadeau bonus une chute de cheval avec triple loops piqué et réception sur la tête le mois dernier.

Bref, je commençais à me plaindre de mon dos à chaque changement de temps et à commenter avec la vieille du bâtiment d’à côté le fond de l’air qui est frais.

Ca ne pouvais pas continuer comme ça, je pouvais pas continuer à me transformer en vieille. Je suis trop jeune pour le cabas et le serre-tunnel en plastique sur la tête.

Je suis donc allée chez le bobologue de l’os, le rebouteux de la jointure, le craqueur de cartilages, j’ai nommé le seikotsuin.

Ce genre d’établissement à vocation de parloir de village n’existe pas dans notre Gaulle natale, mais imagine un chyropracteur où la fruitière d’en face vient faire un saut dix minutes pour se faire mettre un petit coup dans la nuque, ça te donne une idée de la chose.

 

liliane

« Grâce au programme « carambolage et rempotage » de mon seikotsuin, je me sens à nouveau femme »

 

Bon, comme la fréquentation de la vieille du bâtiment d’à côté ne me suffisait plus, j’ai décidé de m’aventurer dans ce paradis de la mémé.

D’entrée de jeu, le cerbère à l’accueil me harangue car il me chope sur la banquette d’attente en train de croiser le jambes. Je comprends assez rapidement que c’est un crime capital au sein de ce cabinet. Après dix minutes passées sous son regard acéré à imiter du mieux que je peux Akenathon, le dos droit, les mains bien à plat sur les cuisses, les genoux serrés comme si j’avais envie de pisser et les fesses serrés de peur de péter, ce qui risquerait de me faire à nouveau incendier pour avoir mis en danger l’intégrité de mon coccyx lors de cette déflagration brutale, je suis appelée par son sémillant collègue. Lequel me tâte et me malaxe le cou, le dos et les hanches d’une façon que je n’avais encore jamais expérimentée dans un contexte où je garde ma culotte, avant de décréter que je suis mise comme un bretzel et qu’il va falloir rempoter tout ça.

Et de m’empoigner le cou, qu’il fait tourner avec la brutalité des serviettes de Patrick Sébastien du méchant de Batman : The Dark Knight Rises. Apres une série de craquements terrifiants qui me laisse à penser que j’ai été assassinée, il m’annonce que la vertèbre délinquante est rentrée dans le rang. Je me dis qu’après une branlée pareille elle avait intérêt, après pour la remettre à sa place il restait plus que la prison pour mineurs. Ensuite, me saisissant par-derrière dans une étreinte osée qui fait friser coupablement la dentelle de ma petite culotte, il fait la même chose avec mon dos. Le bruit résultant aurait fait une phrase de percussions tout à fait acceptable dans une chanson d’Emilie Simon.

Pour finir je suis collée sur un lit de massage pliable avec des électrodes dans le dos. C’est un peu comme se faire faire des papouilles par des sangsues. J’admire les gens capables de se soumettre à cette torture dans l’espoir de faire travailler leurs abdos sans devoir cesser de boire leur coca devant la télé.

Bref ce fut une journée pleine de découvertes défrisantes, et une très bonne initiation pour qui prévoit pendant ses vacances un séjour chez maîtresse Cruella, bondage, massage et rempotage[2] sur Folsom Street, San Francisco.

Bon. Soit ma joie fut mal dissimulée, soit le sémillant sensei a des instincts d’inquisition espagnole, mais depuis une semaine je suis conviée à subir le même traitement tous les jours. J’ai refusé le traitement électrique, ne me sentant pas prête à pousser à ce point mon initiation SM, par contre les dislocations de la hanche qui se démanche et se remmanche continuent à se produire avec une régularité musicale qui enchanterait tout compositeur un peu avant-gardiste. Et ajourd’hui j’ai eu le droit au Spécial, où le cerbère de l’entrée et le grand inquisiteur se sont assis à DEUX qui derrière moi, qui devant moi dans une position qu’on s’attendrait plus à trouver au centre de l’action d’une oeuvre cinématographique comme « Jeannine et la double quenelle ». Bref. Pendant qu’ils s’y mettent à deux pour faire à nouveau subir les derniers outrages à mes vertèbres violentées, je me sens un peu dans la peau de la sorority girl avec le capitaine de l’équipe de foot et son coach sur le dance floor.

A la fin de la séance, après avoir été retournée et palpée dans tous les sens sur le tapis de sol par mes deux tortionnaires, dépeignée et émotionnée, je ramasse mon portefeuille et mon téléphone portable et me dirige vers la sortie en chancelant. Alors que je passe devant l’accueil, le cerbère lève son oeil acéré sur moi et, sans pitié, me demande 15 euros.

Fourbue, la culotte en piou et le chignon à la dérive, je paye.

 

J’espère qu’au moins je pourrai toucher des royalties quand le film sortira.

Je verrais bien comme titre «la blonde, la brute et le lit pliant».



[1] J’ai failli te mettre un jeu de mots de type « les aventures d’Indiana Jaune et le temple de la grosse Alix » et puis je me suis dit que ça faisait deux jeux de mots racistes en une phrase et que je risquais de me faire hacker le cul

[2] On dit Bondassage-rampotage pour les intimes. Et comme d’habitude, vu que tu me crois pas, je suis obligée de prouver la véracité de mes propos.

TIENS : http://www.sfbg.com/sexsf/2010/08/02/bondassage-gets-kink-your-back