The Truffe Diaries

25 août 2017

GAYS TO STAY

 

GRIS

J’insère d’emblée un disclaimer : n’était ni sociologue ni activiste ni journaliste mandatée, je n’ai fait presque aucune recherche avant de produire ce texte et je livre en toute candeur mon point de vue de meuf qui n'a strictement aucune expérience des marches des fiertés. Je serai cependant intéressée d’entendre d’autres perspectives, n’hésitez pas à les partager dans les commentaires.

Adoncques.
Dimanche je suis allée voir le défilé de la gay pride de Montréal, mais ici ça s’appelle la marche des fiertés.
D’ailleurs y’avait écrit « bonne fierté » un peu partout, j’ai trouvé que ça faisait un peu « y’a bon Banania », je me suis donc gaussée du piètre niveau de la traduction française mais on m’a expliqué qu’il fallait le comprendre comme « bon Noël » ou « bonne année », du coup je me suis sentie pécore.

Je résumerai en deux mots cette marche des fiertés : familiale et commerciale. Finies les chaînes en inox autour du cou, les laisses en cuir autour des parties inavouables et les seins nus, naturels ou non, victorieusement agités du haut des chars. La promenade saturnale dans la galerie commerciale du Géant avec examen des promos au rayon électro-ménager est au tournant.

Je m’y attendais pas dans la mesure où j’avais assisté à une autre marche il y a environ 15 ans de ça à Berlin et la fraîche innocente que j’étais alors s’était pris en pleine face l’énergie et l’impénitence totale des acteurs de la parade. Y’avait du poil, du cuir, des fesses à l’air, des organes tenus en laisse et diverses parties anatomiques dressées (le poing mais pas que). La seule autre fois de ma vie où j’ai vu ça, c’était la Folsom Street Fair de San Francisco, qui est, elle, un festival SM dans lequel la présence de cuir et de balloches enserrées dans des colliers de chiens était donc prévisible et attendue. N’étant pas une participante assidue des Prides, je peux difficilement livrer une docte analyse de l’évolution des tendances, mais l’atmosphère à Montréal dimanche était complètement différente de celle à Berlin il y a 15 ans.
Bon y’avait bien quelques adeptes de doggy play représentés par des porteurs de seyants masques de chien en cuir, mais y’avait aussi pas mal de la poussette et du môme sur les épaules paternelles ou maternelles, dans le public comme dans le défilé. Les gosses se croyaient sûrement à une parade Disney, d’ailleurs la confusion était compréhensible vu que c’était bourré de princesses à dentelles et d’animaux rigolos.
Inutile de préciser que des gosses à Berlin y’a 15 ans j’en avais pas vu.
Mais comme ici, le mariage gay est légal depuis 2005, la PMA depuis 2003 et ce sans distinction d’orientation sexuelle (coucou le gouvernement Hollande), et que la GPA ne l’est pas encore (à part en Alberta et Nouvelle-Ecosse) mais enfin, elle est interdite pour tout le monde, les homos et les hétéros sont donc emmerdés pareil, les homos sont des familles moyennes comme les autres et on avait un climat de type promenade dominicale au bois de vincennes mais avec plus de couleurs chez les amateurs de footing.

rainbow

Donc dans cette atmosphère bon enfant tout à fait inoffensive, on a vu défiler non seulement des associations militantes, mais aussi des partis politiques, l'armée, des congrégations religieuses, et des entreprises, en particulier toutes les banques des alentours. 

AirCanada

On dirait qu'ici, avoir un char défilant sur la marche des fiertés n'est pas un acte militant, mais un simple gage de respectabilité. Ce ne sont plus les entreprises qui soutiennent les gays, mais les gays qui soutiennent les entreprises. C'est un peu comme du green-washing LGBTQ, du rainbow-washing en quelque sorte.

pinkwashing


Apparemment le terme consacré est « pinkwashing » mais je vois pas pourquoi une seule couleur du drapeau permettrait de plus prendre les gens pour des cons que les autres

Alors évidemment ça ne  plait pas à tout le monde et nombre de Québécois ont posté des commentaires outrés sur les réseaux sociaux pour dénoncer certaines des entreprises qui défilaient, et dont les valeurs sont en désaccord avec les leurs.
On avait un peu vu la même chose à Paris en Juin lorsque la section du parti "la république en marche" avait été interceptée par des contre-manifestants. Ici y'a pas eu d'interception, peut-être parce qu'ils ont pas l'émeute et la gueulante dans le sang comme les Français, mais le sentiment exprimé sur les réseaux sociaux était bien le même, c'est à dire : "on voit bien que vous utilisez l’image des LGBTQ pour vous acheter une respectabilité et on aime pas".
Je n'ai pas de commentaire social à offrir ici car de tous temps les relations publiques ont été un travail de pique-assiette.

Par contre, ce que je trouve magique c'est qu'on en soit rendu à un point où la marche des fiertés est devenue un sommet de respectabilité : on y amène les gosses, on y fait sa publicité pour tenter de vendre des trucs chiants pour adultes responsables comme des emprunts immobiliers ou des forfaits téléphoniques, et on y défile pour se refaire une virginité politique et faire oublier quelque pendable scandale (si Justin Trudeau a les oreilles qui sifflent c’est normal). Il manque plus que les stands de merguez et on se croirait à la fête du travail.
Alors évidemment y'a des gens qui observent une perte de la culture gay, et certains aimeraient que le milieu LGBTQ reste une contre-culture de licornes créatrices et punk qui se serrent les sabots entre elles, unies dans leur lutte contre l'oppression hétéronormative.
Mais en voyant les petits drapeaux arc-en-ciel avec le logo des plus grosses banques canadiennes distribués dimanche, il faut se rendre à une déprimante évidence : les LGBTQ peuvent, comme tout groupe social, faire les licornes fabuleuses pour chier dans les bottes d’une société homophobe, mais quand la société leur offre les mêmes droits que les hétérosexuels, ils saisissent immédiatement cette opportunité de devenir comme les autres - à savoir adultes, responsables et chiants.

C'est à mon sens la meilleure preuve si besoin était qu’il est complètement dans l'intérêt de la société en général de filer aux homos les mêmes droits qu’aux hétéros, et ce partout dans le monde; parce que ça reste la meilleure méthode pour dissoudre la résistance des licornes et en faire de bons petits poneys productifs, vu qu’une fois qu’ils se marient et font des gosses y'a toujours moyen de leur fourguer des poussettes et du crédit immobilier. 

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07 août 2017

AU BOUT DE MA VIE AU BOUT DU MONDE

 

Ce weekend avec la fanfare on était invités au Festival du Bout du Monde.

Certes pour jouer sur la place du marché des villages qui parsèment la presqu’île de Crozon et faire décoller les ventes de saucisson, mais au festival quand même.

Et d’être artiste au festival du Bout du Monde offre des avantages certains comme :

-       Des chiottes plus propres
-       Le droit de traîner dans l’espace des artistes et de guetter nos idoles à la sortie de leur loge en affectant l’indifférence pour ne pas passer pour des ploucs, mais intérieurement on trépignait comme des fans de Justin Bieber
-       Et surtout, SURTOUT : l’accès à la cantine des bénévoles avec le pinard en free flow!!
Evidemment, quand nous avons découvert ce dernier point, nous étions comme des fous furieux.

En outre nous avions à notre usage exclusif un « poisson pilote » dont la fonction était de nous trimballer d’un marché aux bestiaux lieu de concert à un autre et qui, rodé par des années d’expérience de festival et de transport de fanfares, savait nous laisser traîner à la buvette de la cantoche juste assez pour se mettre en train mais pas trop longtemps quand même pour qu’on reste en état de tenir les instruments. Son niveau d’expertise lui permettait de jauger le niveau d’alcoolémie d’un saxophoniste d’un seul coup d’œil ; on avait vraiment affaire à un professionnel. 

Nous avons joué trois fois par jour pendant deux jours, les deux premiers concerts de la journée étant dans les villages alentour du festival, et le dernier sur le site même du festival ; arrivés au sixième concert, on était rincés comme des chaussettes. Il faut dire qu’on n’économisait pas notre peine car on était bien accueillis : les mairies nous proposaient après chaque intervention un petit goûter roboratif composé principalement d’alcool. L’apothéose fut le concert à Camaret-sur-mer. Après un début difficile car la fanfare, de façon prévisible et attendue, avait démarré par une improvisation sur « le curé de Camaret », la foule a fini par se laisser conquérir et a commencé à nous suivre dans la rue, peut-être pour nous jeter des objets à la tête. Des propriétaires de bistro nous ont proposé un coup. Ca ne se refuse pas. Lorsqu’il a été l’heure de repartir pour le concert suivant, on était attablés à la rhumerie devant des ti punch et on a tout bonnement refusé d’y aller. Un clarinettiste et un saxophoniste avaient repris leurs instruments et « le curé de Camaret », et c’est là qu’on a compris que le seul endroit de France où on ne chante pas cette chanson, c’est à Camaret justement. Le poisson-pilote, voyant le conflit et les manchettes de journaux désobligeantes arriver, réussit à nous décoller des tables pour nous emmener sur le site suivant, heureusement plus calme, ce qui nous a permis de cuver notre rhum en jouant dans une cour à l’ombre devant un stand de bijoux artisanaux en liège.

Le soir du deuxième jour, on a joué un morceau en direct sur radio bleu Breizh Isel. Malgré l’acquisition d’un piccolo qui me permet de couiner deux octaves plus haut qu’avant et donc de nuire aux tympans du public de façon plus nocive, on ne m’entend toujours pas, mais au moins je m’entends (c’est un bonus intéressant comparé à la flûte, avec laquelle je ne m’entendais même pas. J’ai découvert avec le piccolo qu’en fait je jouais faux depuis le début). Mais lors du concert pour Radio Bleu, les autres musiciens dopés par l’idée de jouer pour leur mamie qui écoutait de chez elle soufflaient dans leurs binious avec un tel entrain que je ne m’entendais même plus. Je crois qu’on a eu quelques ruptures de tympans et de pacemakers au premier rang. Ensuite on était chauds cacao pour le dernier concert, et le public de festivaliers bourrés, enthousiastes et peu regardants sur les fausses notes et les défauts d’ensemble, nous fit un triomphe. Une jeune sourde vint me voir pour m’expliquer qu’elle adorait notre groupe parce qu’elle pouvait sentir la musique, ce qui en dit long sur le travail fourni par la grosse caisse et les basses. Elle tomba au sol ivre morte peu après.

On sautait partout. Un groupe de festivaliers particulièrement entreprenants faisait un mini slam assis en se passant de main en main un de leurs potes bourrés. Je faisais le moulinet avec mon piccolo (j’entendis après coup que j’avais ainsi couvert de ma bave une bonne partie de la fanfare). On cassait la baraque. Après avoir joué une bonne demi-heure de plus que ce qui était prévu, tenant à peine debout nous finîmes par déclarer forfait et battre en retraite face à une meute de festivaliers imbibés qui réclamaient une aut une aut, pour aller prendre un apéro amplement mérité.

Après l’apéro on allait voir les concerts.

J’ai eu de beaux moments de communion humaine, comme par exemple lorsque Keny Arkana était sur scène et interprétait « Nettoyage au Kärcher », et que je me trouvais au milieu de festivaliers évidemment ronds comme des boudins qui gueulaient « ooooouh *insérer ici nom de président au votre choix mais pas antérieur à 1990 sinon ils connaissent pas* enculé !! »,  levant haut leur poing de gens pas contents. J’ai eu le net sentiment qu’en première ligne des sans culotte menaçant l’Elysée on ne trouverait probablement pas ces courageux révolutionnaires de festival qui prenaient des photos avec leurs smartphones en profitant de l’excellente sono, produits l’un des terres rares exploitées par les Chinois dans des conditions douteuses[1], et l’autre de l’énergie nucléaire[2], un peu au détriment du discours alter mondialiste et environnementaliste de l’artiste me semblait-il. Elle a souligné de façon peut-être involontaire l’ironie de la situation en terminant sa chanson par les mots « un jour faudra joindre les actes à la parole quand même ».

Mais ça restait malgré tout bonne ambiance, il y avait moins de déchets au sol qu’aux Vieilles Charrues et, même si les festivaliers étaient probablement aussi saouls et partageaient le même appétit pour la miction en public, il y avait un peu plus de savoir-vivre. On savait tomber à terre raide bourré et renverser sa boisson sur les gens avec classe.

Au final on a entendu des tas d’artistes super, on a groové sur Bcuc, Boban Marcovic, Chinese Man et plein d’autres, on a eu des chiottes propres et du gros rouge qui tache à volonté. Ca vaut le coup d’être fanfaron.

Et pour vous encourager à vous lancer dans cette voie je vous laisse avec un exemple de fanfare qui sait ce qu’elle fait, elle :

#Trans2016 | La fanfare MEUTE dans le métro de Rennes - Full performance

 

 

 



[1] http://www.geo.fr/environnement/les-mots-verts/definition-terres-rares-scandium-yttrium-et-lanthanides-124433

[2] Il faut quand même reconnaître que le festival fait des efforts pour limiter son impact environnemental, même si je ne vois pas bien en quoi distribuer des pisse-debouts en carton entre dans la catégorie « développement durable »  : http://www.ouest-

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03 août 2017

SPEED DEMON (cul)

Aujourd’hui j’ai oublié mon sac à mains dans le bus.

Ca faisait guère que deux mois que ça m’était pas arrivé.

Et cette fois-ci pour pimenter les choses j’ai choisi le bus Quimper > Roscoff. Et je ne me suis rendu compte de la disparition du précieux pochon contenant mes menues essentialités (carte de crédit, argent liquide, carte d’identité, téléphone portable, et surtout le livre de Hervé Bazin que je lis en ce moment) qu’après l’arrivée chez mes parents. N’écoutant que ma rage (j’avais pas fini le bouquin), j’attrappai les clefs de la voiture de papa et me précipitai aux trousses du bus, dont le terminus était Roscoff, à 45 minutes de route. Mon objectif était de l’attrapper avant qu’il reparte dans l’autre sens, avec mon sac, vers Quimper. J’aimerais décrire une haletante scène de course-poursuite dans la droite lignée des meilleurs extraits de Fast And Furious, mais pour expliquer pourquoi c’est pas possible, je précise qu’il s’agissait des cars Penn Ar Bed (niveau visuel le bus de Speed est une fort Mustang en comparaison), je conduis une Peugeot 208 avec un A sur le cul, et de toutes façons sans le GPS j’y arrive pas.

Après quelques errances rapport au fait que le GPS qui m’aurait permis de m’orienter est dans google maps qui est dans mon téléphone qui est dans le sac qui est dans le bus qui est je sais pas où, DTC / CQFD, j’arrivai sur le port de Roscoff à l’endroit où le bus était supposé faire relâche.

Je garai la 208 comme un membre de la famille des suidés, genre phacochoerus, et remarquai tout de suite que de car, point. J’allai donc pleurer Causette au comptoir de l’office du tourisme où, avec une amabilité à toute épreuve, les dames appellèrent pour moi tous les bureaux de la compagnie de cars de Quimper à Brest en passant par Carhaix sans arriver à savoir où le chaffeur planquait son bus pendant sa pause. Tout le monde essaye de l’appeler et lui laisse des messages, mais il ne répond pas. A chaque fois qu’ils font le trajet, le mec et son véhicule semblent juste disparaître de la surface de la Terre durant les deux heures de battement entre le trajet aller et celui du retour. (Je crois fermement qu’il le transforme en cabaret burlesque et qu’il donne des représentations près de l’embarcadère des ferries).

Les dames ayant réussi à déterminer l’arrêt de bus d’où il effectuera son départ, je me poste devant l’abribus et guette de toute la force de mon âme. Après environ 30 minutes de veille intense, je l’aperçois qui arrive, mais dans l’autre sens ! Je lui cours après. En fait il était bien dans le bon sens, il allait juste faire le tour au rond-point pour revenir. Je lui cours donc après tout autour du rond-point. Heureusement il y a des embouteillages et il n’arrive pas à me semer. Lorsqu’il ouvre les portes, je me jette dedans tête la première. Il ouvre des yeux incrédules et s’exclame : « mais je t’avais pas laissée à Morlaix toi ? »

Je lui explique. Mon sac, Hervé Bazin, les messages sur son téléphone, tout. Il me laisse inspecter les rangées de sièges vides. Je retrouve mon précieux sac là où je l’avais imprudemment laissé tandis que le chauffeur découvre que ses collègues, harcelés par l’office du tourisme harcelé par moi, lui ont laissé environ 150 messages. Je fuis avant qu’il se mette en colère. Je sors du parking sans écraser de touriste anglais ni bugner de taxi, et je reprends la route pour Morlaix en me perdant à peine plus qu’à l’aller malgré l’adjonction d’une conversation avec Mikan sur haut-parleur pour débriefer au sujet du nouveau gilet de sauvetage de son chien (nos conversations sont passionnantes).

Je suis arrivée à temps pour le dîner et c’était tarte aux légumes du soleil avec de la feta et c’était bon.

Mais au final je suis quand même déçue car je découvre en poursuivant ma lecture que finalement, dans le livre, le gosse, IL EST PAS DE LUI.

J’aurais mieux fait de laisser mon sac dans le bus.

KeanuBoardsBus2

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11 décembre 2016

MERCI LES COPAINS

Bon alors voilà.

C’est le retour de l’ingrate. Tu as bien entendu découvert les youtubeurs depuis et ceux d’entre toi qui suivaient encore ce blog il y a quelques années ont depuis perdu la faculté de lecture. C’est pas trop grave, moi de mon côté j’ai perdu celle d’écriture alors tu vois on se comprend.

Je compte plus trop mais on doit être dans les trois ans d’absence, à ce stade j’ose plus te dire que je suis descendue acheter des clopes et que j’ai rencontré Jacqueline sur la route, ni même que je me suis faite renverser par une ambulance dont le conducteur a prélevé et vendu illégalement un de mes reins sur le marché chinois pour financer son addiction à la cocaïne. Tu as suffisamment vu d’épisodes de Docteur House pour savoir qu’une ablation du rein ça met moins de trois ans à cicatriser, même quand on est enfermé dans un camp militaire chinois suite à une amusante méprise durant un transfert à l’aéroport de Guangzhou où l’opératrice qui relève les numéros de billet d’avion à la main t’a pris pour un adepte de Falun Gong. Tu as un beau-frère fixeur chez TV5 Monde qui connaît bien les camps militaires chinois et tu sais donc que normalement quand t’as plus de reins ils te relâchent.

Donc voilà.

Je suis à cours de faux-semblants donc je confesse la vérité.

Depuis qu’on s’est causé, j’ai quitté le Japon dans une allégresse psychotique, les cuites successives voire même simultanées ne me laissant aucun souvenir précis si ce n’est que la poste m’a perdu au moins deux colis de documents précieux dont celui qui me donnait droit à sept ans de prestations retraite en France, les salopards. Si d’ici trente ans tu me vois dans un carton devant la gare routière pas loin de chez toi tu sauras pourquoi, alors si tu veux bien me lâcher un cubi de rouge pour me tenir chaud, je t’en serai reconnaissante.

Par la suite j’ai vécu à Singapour, pays ne me laissant aucun souvenir si ce n’est l’impression qu’une végétation luxuriante et une architecture tourneboulante d’audace et d’esthétique peuvent servir à recouvrir une population dont une grande partie, formattée par un système scolaire dictatorial à ne pas réfléchir, est riche d’une économie florissante mais pauvre d’à peu près tout le reste à commencer par l’esprit critique ou la curiosité culturelle. Tu me connais, il me faut pas grand-chose pour me sentir baigner dans la fulgurance intellectuelle (en général une bière, une chanson de Bon Jovi, une partie de cap’s et je me sens bien à niveau) mais même moi j’ai réussi à m’emmerder. Les étrangers ne vivent à Singapour que pour partir en vacances dans les pays pauvres alentour où leur pouvoir d’achat leur permet de passer pour les rois de la colline à pas cher. Les Singapouriens ne vivent à Singapour que pour faire la même chose mais en étant fiers d’être Singapouriens, ce qui est du reste compréhensible puisque Singapour est l’économie dominante de la région et en conséquence vend du rêve aux travailleurs immigrés, lesquels viennent pour construire les bâtiments dans des conditions de travail légèrement plus confortables que le goulag (ils sont au chaud), ainsi qu’aux bonniches philippines qui viennent tenir les ménages, torcher les enfants et coucher avec Monsieur si Madame est indisposée.

Ca ça a dû durer deux ans, à la suite desquels j’ai jeté le pompon sur la Garonne pour réintégrer ma Bretagne profonde. Je profite bien à fond des paysages verdoyants, du crachin mouillissant et de la cuisine maternelle nourrissante en repoussant le jour où je devrai cesser de faire mon Tanguy et réintégrer le vrai monde de dehors, celui où le bœuf bourguignon ne mijotte pas tout seul sur les plaques de cuisson et où effectuer quelques traductions par mois ne suffisent plus à assurer une subsistance car l’Etat a besoin de sous.

Heureusement, comme d’habitude, les copains sont là avec leurs bons plans.

Les mêmes qui venaient chez moi à Osaka pour m’aider à faire les cartons, et les autres que j’ai eu l’heur de rencontrer à Singapour. Le nombre de fois où les copains sont descendus sur mon existence pour me sauver les miches tels des deus ex machina jurants et légèrement imbibés se comptabilise dans la même unité que les interventions divines dans la Bible. Donc beaucoup. Singap ne fit pas exception à la règle, car j’y rencontrai Coco. Imagine une écolo échevelée qui fabrique ses propres cosmétiques, végétarienne sauf quand tu as cuisiné un ragoût de bœuf, et à qui les légumes emballés dans du plastique non recyclable tirent des larmes de désespoir. Ca ne te surprendra pas d’apprendre qu’elle a réussi à faire chanter des chansons à toute une rame de métro singapourienne et qu’elle a monté un réseau de distribution parallèle pour écouler une partie du stock de produits alimentaires jetés par une entreprise d’import dont je tairai le nom. Ca ne te surprendra pas non plus d’apprendre que, faible et influençable comme je suis (une bière suffit à me convaincre de la validité de toute opinion en général et je suis désormais une ardente admiratrice du Flying Spaghetti Monster), je suis à présent convaincue que la survie des chimpanzés est une cause vitale qui mérite même l’abandon du nutella. Je sais pas si tu mesures l’ampleur du sacrifice.

 

Les copains arrivent toujours à te faire faire de ces trucs. Comment j’ai échappé de peu à la charrette qui passait dans les locaux de mon premier employeur en grinçant lors de la crise financière de 2008 ? les copains. Comment j’ai transitionné d’un boulot peu inspirant dans la logistique vers un boulot dont l’avantage conséquent était un entrepôt plein de bouffe ? les co… tiens non là c’était le tapin. Comment j’ai transitionné vers un autre entrepôt plein de bouffe à Singapour sauf qu’elle était meilleure et le salaire aussi ? Encore les copains. Comment je sais que le commerce me gonfle et que ce qui m’intéresse en vrai dans la vie c’est filer des graines aux pinsons et militer pour une meilleure gestion de la fiente de porc, ce qui me pousse à reprendre des études à mon grand âge au lieu de me trouver un petit boulot douillet dans un bureau avec chauffage et photocopieuse ? Voilà.

Merci les copains. Comme d’hab grâce à vous je vais me coller dans un merdier pas possible. Sans vous mon foie serait sans doute en meilleure santé mais par contre je serais jamais sortie de France et je serais probablement traductrice à domicile dans le sous-sol de mes parents en charentaises avec un gros problème d’anxiété sociale et un penchant pour les chats angora.

Love sur vos gueules.

 

 

 

 

 

 

 

 

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13 septembre 2013

L'Instant Jeune et Jolie de ce Blog : Mes Meilleures Méthodes de Drague1

 

 

Origami, qui est une jeune femme pleine d'enthousiasme, vient de me lancer un défi : faire une liste des méthodes de drague recommandées et approuvées par mes soins.
Si tu me suis un peu depuis toutes ces années tu te gausses déjà parce que tu sais qu'en général, quand je drague, ça se finit au commissariat avec une plainte pour coups et blessures sans intention de les donner.

Bon.

 

Ceci étant, c'est un défi, cochonne qui s'en déduit.

Tu vas voir ce que je te réserve Origami. TU VAS VOIR.

 

Mais d'ors et déjà, toutes mes bonnes recettes :

 

1. LE CORPS LANGOUREUX

Ne va pas en boite en flip-flop roses avec ton jean troué. Et ne porte pas un vieux Tshirt putride sous le prétexte que tu n'as pas les aisselles épilées et que tu ne veux pas faire fuir ton entourage avec l'odeur certes riche en phéromones mais néanmoins émise par une touffe qui risque de chatouiller désagréablement monsieur sous les oreilles quand il t'enlacera pour un slow. Ne néglige pas non plus de t'épiler les aisselles sous prétexte que ça picote quand ça repousse et que de toutes façons les hommes ne s'épilent pas alors tu ne vois pas pourquoi tu devrais.

La version condensée : Si tu déforestes les zones herbeuses et que tu t'habilles comme Nicky Minaj sans avoir le persil qui dépasse du cabas micro short, normalement tu as toutes tes chances de choper.

 

2. LA DANSE AGUICHEUSE

Ne danse pas comme un kangourou qui a une attaque d'ascaris. Ca n'intéresse personne de voir que tu es capable de sauter en l'air et de choquer tes talons. Ils s'en tamponnent que tu connaisses les pas du kost a'c hoat. Si t'as fait un peu de hip hop et que tu veux te faire mousser, tu comprendras rapidement que ça ne sert à rien non plus car tous les hommes qui ont les moindres notions dans le domaine ont tous des lunettes de soleil sur le nez et ne voient donc rien, et surtout pas toi en train de faire la toupie sur le sol qui est d'ailleurs collant de cocktails renversés, même que tu en train de foutre en l'air ta mise en plis pour pas un rond.

La version condensée : dandine-toi de gauche à droite, c'est bien suffisant. Pour montrer de la bonne volonté, tu peux de temps à autre tenter un mouvement gondolant commençant aux genoux et montant graduellement jusqu'aux épaules. Les moins douées auront l'air d'un poney qui s'ébroue. Les plus douées parviendront à mettre leurs atouts en valeur en bombant le torse.

 

3. LA RECEPTION DES AVANCES

Si jamais il est un peu entreprenant et fougueux et que, admettons, il te pose une ferme paluche sur la croupe et une autre dans le décolleté alors que vous n'avez pas encore été présentés2 : il ne faut pas le repousser violemment. Il faut encore moins, lorsqu'il revient de façon insistante, tenter de lui mettre une clef au bras. Outre ruiner définitivement tes chances de rentrer en sa compagnie, et tu avoueras que ce serait quand même dommage, si tu as abusé de la vodka tu risque surtout de t'emmêler les pinceaux et de te faire mal. Crois-moi j'ai testé. La clef au bras a très bien marché sur mon pouce, et maintenant mon métacarpe fait moins le malin. (Le jeune homme, par contre, va très bien.)

La version condensée : tu as le droit de te débattre mollement en gloussant ou vraiment, si tu veux pas passer pour une fille facile, tu peux t'arrêter de danser, lui faire face, prendre une pose volontaire sur tes talons et dire d'une voix aigüe « oh mais ça va pas la tête » en opérant une rotation rapide de tes doigts étendus à la hauteur de ta tempe. Tu as aussi le droit de te réfugier derrière Jean-Gonzague, ton pote gay qui t'a accompagnée. Par contre là tu risque de te faire traiter de salope d'allumeuse mais c'est un risque à prendre.

 

3. L'EMBALLAGE SAUVAGE

Là par contre on travaille toutes de la même façon. Si malgré les flip-flop roses, le jean troué, les aisselles pas faites (à ce stade il croit encore que tu es raccord au niveau du maillot et des demi-jambes, l'innocent) et la lambada du walliby, il arrive à te maintenir au sol le temps nécessaire pour te rouler un patin, et que cela t'agrée, tout ce que je peux dire, c'est que les clarinettistes qui maîtrisent la technique de la respiration circulaire ont un grand avantage sur les autres.

La version condensée : tâche de pas te casser la gueule dans l'escalier en sortant, fais-lui boire beaucoup d'eau pour pas qu'il te lâche en cours de route ou qu'il vide ses cookies sur les tatamis, et oublie pas la capuche.

 

Merci de ton attention.

 

….

Bon ça c'est fait. Origami, ma chérie, c'est ton tour.

Voici ta mission, No Strings Attached :

VANTER LES MERITES DU MOONCUP DE FACON SOCIALEMENT ACCEPTABLE.

Pour t'aider à trouver l'inspiration voici une vidéo :

http://www.youtube.com/watch?v=9zj4NhC8ahM

 

 

1Ou bien, si tout le reste échoue : les Meilleures Méthodes de Drogue : les adresses où se procurer du Rohypnol sans se faire gauler par la maréchaussée

2Madame de Rostchild a confirmé dans sa dernière colonne « ébriété et savoir-vivre » qu'en boite de nuit, « salut t'es trop bonne » suivi de « tu suces ? » est considéré comme une introduction socialement acceptable.


28 août 2013

Sauvez Gudrun !

Je crois l’avoir expose abondamment dans les notes “ca depend ca depasse” 1, 2, 3 et 147, mais y’a quand meme des moments dans la vie ou on se dit que les Japonais sont un peu bornes du cul.

Un peu comme en France hein, attention.

L’amour de la procedure, la paix de l’ame trouvee dans un formulaire rempli sans rature et une feuille de secu qui depasse pas est une perversion sexuelle repandue sur la planete entiere.

 

Mais au Japon c’est juste devenu un way of life[1].

Je t’avais deja explique que y’a des flics capables de payer 3,000 yen de train et de se taper deux heures de route pour venir me faire signer un papier prouvant qu’ils avaient retrouve mon velo.

Ou alors qu’il y a des braves filles a la banque qui te demandent de remplir le meme formulaire en trois exemplaires, en japonais, a la main. Pour etre bien sure que personne n’imite ton ecriture. Par contre a la place de la signature tu peux juste mettre un coup de tampon. Car selon sa logique, et elle n’en demordra pas sous la torture, le formulaire rempli a la main puis authentifie d’un coup du tampon en plastique a 12 euros fabrique a la chaine au supermarche du coin se prete moins a la contrefacon qu’un document certes imprime, mais signe de ta signature personnelle a toi que tu as, celle que tu as developpee avec peine dans la marge de ton cahier de maths pendant tout l’enseignement de cycle secondaire et que PERSONNE ne peut imiter, MEME PAS JAMES BOND tellement tu as travaille les fioritures.

 

Bon.

 

Je crois aussi t’avoir deja parle de Gudrun, ma fidele moto.

Gudrun et moi on s’aime beaucoup mais on se frequente peu pour de betes raison de permis.

Quand j’ai appris combien coutaient les ecoles de conduite dans ce pays, j’ai eu une espece de spasme au plexus et j’ai failli vomir sur le combine du telephone tandis que la dame au bout de la ligne, qui m’annoncait avec une egalite d’ame qui prouvait bien son absence d’ycelle et en faisait une candidate recevable au meme coin de l’enfer qui heberge deja nombre d’usuriers dont tous les membres decedes de JP Morgan, me demandait si je souhaitais m’inscrire tout de suite.

Parce que le permis de conduire, au Japon, comme tant de choses, est une enorme machine lourde, lente, couteuse, mais bougrement bien empaquetee. Passer ton permis ici, c’est comme te faire offrir une grappe de raisins a 10,000 yen emballee dans de la soie. C’est dispendieux, on aurait pu faire mieux et plus efficace a moins cher en gardant le meme gout, mais putain ca a de la gueule.

 

Donc au vu de l’investissement en termes de temps et de finance, j’ai sorti mes deux pieds de mon cul et mes doigts du meme sabot, et j’ai decide de tenir tete au systeme et de le faire my way comme d’habitude.

Du coup j’ai prepare le code, et je l’ai passe, mais en anglais parce que je lis le japonais a la vitesse d’un solex dans une cote et que j’avais peur de pas finir dans les temps. Cet examen fut d’ailleurs une source d’inspiration merveilleuse dans l’esprit kamoulox avec des questions comme, la vie de Gudrun si je mens, « le vendredi soir il y a des gens bourres sur les trottoirs. Vous devez donc ralentir. Vrai ou faux ? »

J’obtins le code avec succes (je repondais toujours « oui » aux questions sur l’alcool), et la vint le moment de passer le permis. Et comme fallait prendre une demi-journee de conge, et que les demi-journees de conge au Japon t’en as genre 6 dans l’annee, inutile de te dire que je m’etais bien appliquee au centre d’entrainement. A 50 euros la lecon, tu t’appliques, j’aime autant te le dire. Tant et si bien qu’apres une 30aine de lecons j’etais au taquet de chez taquito. Genre monter sur le petit pont et passer dessus en plus de 8 secondes sans tomber dans la fosse, JE FAISAIS. Le demarrage en cote, JE FAISAIS. Je pouvais meme te faire des freinages d’urgence sans me dechirer le fond du pantalon. Bon j’arrivais toujours pas a redresser la moto quand elle tombait mais je me disais c’est pas grave, dans les films americains y’a toujours des routiers violeurs qui s’arretent pour porter une main secourable au pantalon des jeunes filles dans la detresse, je trouverai bien toujour quelqu’un pour m’aider.

Donc je me sentais bien prete.

SAUF QUE.

Quand t’arrives sur les lieux de la boucherie de l’examen, tu comprends tout de suite beaucoup mieux pourquoi les Japonais preferent payer pour le confort douillet d’une ecole de conduite qui te laisse passer ton permis sur leur parcours gentillet et que t’as bien en main, sur leur moto avec qui tu es copain depuis longtemps.

Parce que quand tu decides d’y aller en freelance, l’horreur de l’administration stalinienne et sans coeur s’abat sur toi. Pas de petite ecole de quartier sympa avec Chantal qui te propose un cafe avant de demarrer, non non, d’abord il faut marcher 20 minutes sous le soleil de plomb (ou dans la bise, rayer la mention inutile car il fait TOUJOURS un temps degueulasse quand tu vas au centre d’examen) en portant ton casque de moto et en serrant ta documentation sur ton coeur. Ensuite tu decouvres un batiment en beton d’une laideur si recherchee que tu te demandes si tu ne viens pas d’entrer dans une dimension parallelle construite autour d’un scenario de Stephen King, et si tu n’es pas sur le point de prendre part a une experience particulierement sadique et horrible.

L’impression se confirme quand tu dois faire la queue a trois guichets differents pour faire tamponner tes papiers, cracher les 50 euros de frais d’inscription, puis passer l’examen de la vue a 15 euros qui prouvera que tu n’es pas Steevy Wonder. D’ailleurs Steevy, je te rends service, je te dis que la reponse au test de vue du centre de Kadoma a Osaka c’est en haut-a droite-en bas. C’est la meme depuis 10 ans, tu peux y aller tranquille, la machine est bloquee et ne peut plus sortir une autre sequence, et de toutes facons quand t’es pas sur le vieux qui l’opere t’aide en te suggerant discretement la bonne reponse. Car si tu es declare inapte a passer le permis, c’est toujours 50 euros qu’ils n’auront pas, et il faut qu’il change la correction de ses culs de bouteille donc c’est pas le moment de jeter l’argent par les fenetres.

Une fois l’examen des yeux passe avec succes ( tu t’enthousiasmes un peu vite avant de comprendre que c’est le seul examen qu’ils sont disposes a t’accorder), tu decouvres un parcours immense avec sur le cote un type en uniforme qui te gueule des instructions dans un haut-parleur tellement defonce qu’il l’a probablement recupere sur un porte-avion americain, apres le passage des kamikazes. T’as une moto qui t’attend. Tu t’as jamais touchee de ta vie et elle a pas l’air tres-tres disposee a se laisser monter dessus par n’importe qui alors que vous n’avez meme pas ete presentes. Elle a, au choix, un accelerateur qui a ses vapeurs ou des vitesses qui passent pas tres-tres bien. Et tu as le droit a un petit tour de 5 secondes pour la prendre en main avant le debut de l’epreuve (c’est durant ce petit tour que tu comprends qu’elle a pas l’intention de se laisser faire et qu’elle n’est pas une fille facile). T’as un parcours du combattant a memoriser et quand tu l’executes, si tu mors sur la bande UNE FOIS, la colere de Thor se dechaine dans le haut-parleur et tu rentres a la base gros Jean comme devant.

J’ai tenu 30 secondes.

Apres mon retour, j’ai fait mon enquete, et en interviewant les personnes qui se presentaient en meme temps que moi (environ huit appeles pour un elu), la moyenne pour obtenir l’examen se situerait entre 8 et 12 tentatives. Ah ben oui parce que si tu refuses de payer l’ecole, il faut quand meme bien que le monsieur au haut parleur et la secretaire derriere le guichet bouffent, les pauvres. Et si tu crois que c’est en passant du premier coup que tu vas leur permettre d’elever leur famille et prendre soin de leur grand-mere grabataire, c’est que t’es un sans-coeur. Alors tu seras gentil, tu te presenteras au permis au moins huit fois. Ca fera un pull neuf au petit dernier.

 

Bon. Au bout de quatre echecs, ca faisait six mois que j’avais obtenu le code, qui etait donc perime. Il fallait donc tout recommencer des la case depart, et sans les 20,000 francs.

Tu imagines bien que ca m’a file un petit coup de mou et que pendant deux-trois mois, j’ai laisse tomber le code, le permis et que j’ai meme evite de regarder Gudrun les yeux dans les phares, car j’ai bien senti qu’elle me faisait des reproches.

 

Mais l’autre jour, alors que je passais voir si elle tenait le choc du parking public ouvert aux quatre vents sur lequel elle se morfond depuis Mai, j’ai vu qu’on m’avait laisse un petit autocollant sur sa selle. « j’achete votre moto pour 250 euros ». 250 euros ! Ma Gudrun ! Mon sang ne fit qu’un tour. Je chiffonai le papier insultant et appelai immediatement l’ecole de conduite la plus proche de chez moi. J’etais prete a tout reprendre de zero, le code, les lecons de conduite, Chantal, tout. Je ferais ce qu’il fallait pour que Gudrun puisse a nouveau mordre le bitume.

 

Je me rendis donc dans l’ecole de conduite de mon quartier qui me rappela instantanement les sombres heures du centre d’examen, avec un personnel qui lui se rapprochait plutot du flic d’Amagasaki qui voulait absolument prendre mes empreintes digitales sur chaque feuille du rapport de perte de mon velo. Meticuleux, procedurier, post-sovietique, avec toute la fantaisie et la capacite d’analyse d’une meduse echouee et deja bien entamee par les goelans.

 

Le Monsieur a l’haleine chargee qui s’occupa de moi commenca par m’annoncer que je devais justifier d’un niveau de lecture du japonais suffisant pour passer le code dans cette langue. Je m’etais deja preparee a cette eventualite et lui repondis que j’avais l’intention de le passer en anglais, ce que j’avais deja realise avec succes. Cela ne sembla pas l’emouvoir outre mesure. « Il faudra quand meme assister aux 24 lecons de code en japonais, mademoiselle. Une heure par lecon. Dans un ordre determine. La lecon 1 puis la lecon 2, puis la lecon 3 et ainsi de suite. Nous avons deux sessions par lecon chaque mois. » Et la il me tendit un emploi du temps aussi colore et festif que le registre des executions dans le couloir de la mort d’une prison americaine. Je constatai que les deux lecons obligatoires avaient lieu a des horaires a peu pres aussi arrangeants pour les personnes forcees de travailler pour gagner leur croute que ceux de la poste de mon village en Bretagne profonde.[2]

« mais », tente-je de negocier, « et si j’assiste disons aux 5 premiers cours puis que j’obtiens le code toute seule, je ne pourrai pas me presenter au permis ?

-Helas non mademoiselle. Vous devez vous presenter a toutes les 24 lecons, c’est la regle.

-Mais enfin, si je passe l’examen avec succes, ca veut bien dire que je maitrise les bases non ?  A quoi ca sert d’aller assister aux lecons de code APRES avoir obtenu le code ?

- Obtenir l’examen ne prouve pas que vous connaissiez le code. Suivre nos cours, oui.

- Vous etes en train de me dire que vous rejetez la validite d’un examen d’etat ?

- Je suis en train de vous dire que si vous voulez preparer le permis de conduire chez nous, les 24 lecons sont obligatoires mademoiselle. Sans ca on ne vous laisse pas vous presenter au permis. »

 

La, un personnage de Corneille monterait probablement sur la table pour haranguer la foule avec les mots suivants :

 

« ecoutez, ECOUTEZ TOUS! Je comprends, et j’accepte, que le systeme du permis de conduire de votre beau pays est corrompu. Je comprends, et j'accepte, que vous imposiez des formations dispendieuses a seule fin de gonfler les frais et de faire vivre toute une colonie de parasites inutiles qui gagnent leur riz en donnant des cours de code, en remplissant a la main des fiches au secretariat non informatise, ou encore expliquant tout ce systeme lent et complique aux visiteurs! Vous vivez dans un pays ou le plein emploi est une realite. Je vous en felicite. Je prefere payer la peau des fesses votre professeur de code inutile afin qu’il vive dans la dignite quoique chichement, plutot qu’il soit sans emploi a la rue et qu’il m’agresse a la sortie du supermarche en me demandant quelques centimes d’euros. Je respecte votre fonctionnement societal, et je comprends la necessite de l’inutile! Je viens de France, ne l'oubliez pas! Je suis meme prete a jouer le jeu de l’hypocrisie pour menager votre fierte professionelle et faire semblant d’admettre que ces 24 heures passees a lire ensemble le livre du code ont reellement une utilite! Je suis prete a avoir l'air pleine de gratitude envers ce professeur qui m'aide a preparer un examen que, je le rappelle, j’ai prepare seule et passe dans une langue que les circonstances m’obligeaient a assimiler a de l’anglais bien que de fait elle etait surement le produit d’une traduction realisee par google translate du slovene vers le chinois, puis du chinois vers l’anglais germanique des annees 1400. Je suis fatiguee, vous avez brise ma volonte de rebellion, je me rends. Je crache au bassinet, prenez mon argent, prenez mon sang, je vais signer la fiche d’inscription avec, j’abdique, je rentre dans le systeme! (la l'orateur pourrait arracher sa chemise)
Mais juste. Juste. Maintenant que vous m’avez brisee, pourriez-vous arreter de me torturer s’il vous plait ?
Si je passe le code, pouvez-vous accepter mon diplome et fermer les yeux sur les heures de formation technique qui manquent ? »

 Voila ce qu’une personne normalement constituee aurait surement dit.


Mais ca fait quand meme 8 ans que je vis au Japon, c’est pas pour rien. 
Je fus donc heroique.
Je ravalai ma tirade cornelienne et mes larmes, je pris sur moi comme une vraie Japonaise et je dis :
 « merci je vais reflechir ».

 

Gudrun, je sais pas comment te dire. Je me tate. Si j’y vais, je vais pas tenir les 24 heures de sequestration, et un examinateur finira sodomise au marqueur indelebile avec la petite eponge au bout, c’est sur. En plus y’a pas que lui qui aura mal a l’anus etant donne que l’inscription dans cette ecole coute 1,000 euros.
Mais si j’y vais pas, la casse a 250 euros t’arrachera a moi. Je suis aux abois. Je suis face a charybde et scylla et les salopes ont tous les deux une grosse dent.

 

Saint Pampalon envoie-moi un signe.



[1] C’est le pays au monde qui baise le moins, alors forcement ca leur laisse plus de temps pour les formulaires.

 

[2] De 10:00 a 12:00 les jours pairs, uniquement s’il pleut pas

09 mai 2013

la vie de quartier

Bon ami lecteur,

 

je dis « ami » mue par la longue habitude des années, mais vu comme je te néglige, je pense que tu m'as quittée depuis longtemps et que celui ou celle qui lira ces lignes sera plutôt un coup rapide amené sous le manteau par Google à la suite d'une erreur de parcours, probablement provoquée par la saisie d'une recherche croustillante de type « Lilianne Bettencourt se fait rempoter ». Gourmand va.

Donc, j'informe l'Internet en général et le Crédit Agricole en particulier que j'ai déménagé.

Treize ans après avoir quitté le domicile familial, sept ans après avoir intégré la minorité raciale et culturelle qui œuvre dans l'ombre pour la perte du Japon, avec la possible exception de l'industrie des brochettes de poulet, je vis enfin seule. Fini la coloc. Ce nouvel appart me coûte un bras et un élastique de culotte en loyer mais enfin, ENFIN, je peux péter dans les draps tranquille. Figurativement parlant bien sûr.1 Je peux également me vautrer dans le stupre sur la table de la cuisine en bonne compagnie sans avoir à m'inquiéter de savoir si ma coloc risque de se prendre les pieds dans les sous-vêtements variés éparpillés de par l'appart. Je peux laisser traîner la vaisselle.2 Je peux regarder « 300 » à 2h du mat avec le son à fond dans le salon en me faisant les ongles ET en insultant Léonidas3 à voix haute. La belle vie quoi.

 

Du coup je découvre les restaus du quartier. Car, ce qu'il y a de bien dans un déménagement, c'est que tu changes de quartier. Le mien actuel étant un peu plus excentré que celui d'avant, ça ressemble un peu moins à un jardin d'enfant avec lardons hystériques qui courent et se jettent contre les murs de l'appartement au-dessus du tien à 1h du mat, et un peu plus à un mouroir pour personnes âgées avec en particulier des arcades-fantômes très chouettes dont les magasins sont en permanence fermés (je soupçonne leurs propriétaires d'être trépassés la tête sur la caisse et d'attendre que leur shitzu affamé donne l'alerte pour qu'on les découvre ainsi derrière leur rideau de fer). Je te mettrai des photos, tu verras, c'est croquignolet. Je pense tenter de fourguer les droits à Resident Evil pour le décor de leur prochaine édition.

Bon décrit comme ça, j'avoue que c'est pas très sexy. C'est parce que j'ai pas encore parlé de la vie de quartier. La vie de quartier au Japon, c'est sans doute comme la vie de quartier dans tous les pays du monde, sauf qu'au Japon tu es sûr que tu es repéré et fiché par tous les membres du Comité de Sécurité (de la voisine d'en face à la vieille qui tient le ramen du coin) en moins de 5 jours. L'un des avantages d'être une immigrée à minorité raciale visible optiquement.

Cependant au Japon, pourvu qu'on dise bonjour à la dame, qu'on ne dégueule pas juste devant sa boutique quand on rentre bourré le samedi soir et qu'on finisse bien son assiette quand on mange dans son rade (ces trois points sont les Trois Vertus Cardinales qui, si tu les possèdes, t'assurent une cote immédiate et jamais démentie), contrairement à la France, on ne se fait pas regarder de travers. Il y a bien sûr quelques irréductibles vioques, d'ailleurs en général des hommes, qui ont quelques souvenirs vagues de la Seconde Guerre Mondiale et qui on un peu tendance à grommeler de vilaines choses dans les dents qu'il leur reste s'il te prennent pour une Américaine. Et pour eux tous les blancs sont des Américains, un peu comme tous les asiatiques sont des Chinois pour une certaine catégorie de la population française. Mais si on fait abstraction de ces fâcheux, on kiffe très rapidement sa vie de quartier.

Hier j'ai testé un rade sur le mur duquel était écrit en grosses lettres « Healthy Asian Food ». Attirée par l'inscription en anglais et le produit vanté, j'entrai en pensant rencontrer un immigrant branché New Age, genre une Indienne venue tout exprès pour répandre les bienfaits du végétarisme au Japon.

Sur ces quatre assomptions, il y en avait trois de fausses et une d'exacte.

Le tout jeune homme qui vint m'aider à ouvrir la porte branlante pour pas qu'elle me reste dans la main était effectivement un immigré. Mais 1. il était Philippin et non pas Indien, 2.il était plus branché manga que New Age, comme en témoignaient les affiches Dragon Ball Z qui servaient à masquer les trous dans les murs, et 3. il était aussi végétarien que la Bête du Gévaudan.

Le menu se composait exclusivement de viande de porc rôtie, bouillie, au curry, grillée, salée, bref on avait fait subir au cochon tout ce qu'il est humainement concevable d'élaborer avec un amalgame de protéines animales. Par contre, de légumes, point. Même pas pour faire le con en garniture.
Lorsque je lui demandai le rapport entre son menu et l'inscription enthousiaste mais un peu mensongère sur le mur de son établissement, il répondit d'un air innocent que dans les cartilages, y' a du collagène. Et que le collagène c'est bon pour la santé. CQFD.

Je me bourrai donc d'un plat roboratif composé exclusivement de morceaux de poitrine de porc dont la couche de gras épaisse de 4 cm aurait fait reculer ma grand-mère elle-même, pourtant réputée pour la qualité de son josken, lequel est venu à bout de plus d'un curé de campagne4 . Vaincue par l'adversité, à bout de forces, je me vis bientôt contrainte d'enfreindre une des Règles Premières en laissant quelques morceaux de gras dans mon assiette parce que vraiment, c'était ça ou lâcher tous les autres par terre devant la porte du restau (enfreignant ainsi une autre des Règles Premières). Heureusement le tenancier ne m'en tint par rigueur et m'expliqua que les chats errants étaient toujours très contents de récupérer les restes. Je crois que ma cote avec les chats errants est en plein essort.

 

Pour continuer à te narrer ma journée passionnante, tu as vu comme ça valait la peine d'attendre d'avoir quelque chose d'intéressant à te raconter pour poster, je suis allée faire les courses de première nécessité (comprendre : pour les jours où, prise d'une flemme de sortir qui serait encore plus forte que ma haine de la popotte, je me verrai contrainte de, horreur et putréfaction, *faire la cuisine*) au Super Tamade de mon quartier. Ah. Le Super Tamade. Je me suis toujours demandé si c'était pas les mêmes yakuza qui tiennent le business des pachinko qui sont pas derrière les Super Tamade, tellement c'est raccord niveau déco5. Pour bien que tu comprennes le caractère unique du Super Tamade, imagine-toi un décor surréaliste à mi-chemin entre le stage final de Mario Cart et le Carrefour de ton bled un samedi où tout le quartier est de sortie pour aller reluquer les derniers arrivages au rayon électro-ménager. Servant des clients décrépis et un peu durs de la feuille (ça c'est le côté vie de quartier) sans se départir de leur sourire, les dames à la caisse portent un uniforme vert et rose (ça c'est le côté Super Mario) et la viande dans les étalages est d'origine suspecte et possiblement radioactive (ça c'est la dimension Carrefour).

La déco est composée principalement de néons capables d'induire une crise d'épilepsie chez tout enfant ayant échoué au Test de Sensibilité Pokemon. Pour ajouter la nuisance sonore à la malfaisance visuelle, des hauts-parleurs qui grésillent te vomissent une reprise au synthétiseur de U2 quand ils ne sont pas en train de te vanter les mérites du tofu à la traçabilité douteuse avec une voix suave de robot tellement mal réglée que même R2D2 semble un maître de l'élocution en comparaison. Bref t'es aveuglé, sourd, bousculé par les vieilles en déambulateur, au final tu remplis ton caddie n'importe comment car tu es dans un état second, ce qui était sûrement l'effet recherché. Comme dans les pachinkos, donc.

Tu me crois pas, comme toujours.

Très bien.

PHOTO.

 

dedans :

tamade

 

Bon, d'accord, sur cette photo tu vois trois personnes qui n'ont pas encore l'air d'avoir atteint l'âge de la ménopause.

Mais c'était les trois seuls dans le magasin.

dehors :

 

tamade

source : http://nationalmaclord.web.fc2.com/annex/shop/daiei/0049.html
(avec d'autres photos excitantes de tamade si ca t'interesse)

 

Et pour bien que tu comprennes que la différence avec un pachinko n'existe que de façon minime et exclusivement dans le contenu des bacs (encore que, sur les sièges des pachinkos aussi y'a de la viande), je te mets une photo de pachinko :

DEDANS:

pachinkonaka

source : http://www.casinoshinbun.com/newslist/pachinko/528/
"le journal du casino." même sans la vieille, c'est déjà du lourd.

DEHORS :

pachinkotokyo

source :http://pingmag.jp/jp/2008/09/12/tokyo-odyssey-pachinko-parlour-glitz/La aussi si tu as à la fois une âme d'artiste, de micheton et de raveur, je te recommande le reste du site. Par contre je ne prendrai aucune responsabilité si tu as besoin d'une bouffee de ventoline.

Voilà, t'as bien les yeux qui pleurent ?

 

Bon. La somme de toutes ces aventures t'a je n'en doute pas permis de comprendre pourquoi ce déménagement me remplit de joie.

Du Japon qui sent bien fort de sous les bras, des néons qui font saigner les yeux, des hauts-parleurs qui gueulent du boniment insalubre, de la mamie qui sert les ramen... Le Japon Eternel c'est pas seulement de geishas alanguies sous des cerisiers, des samurai qui se font sortir les tripes ni même de la chair à pédophile en minijupes qui se prennent mutuellement en photo en galérant pour appuyer sur le bouton de l'appareil avec leurs ongles manucurés et piercés.

nail
(
Co ça.6
L'avantage c'est que si un pédophile s'aventure à les palper dans le train, avec un coup de ça dans le slibard tu fais de gros dégâts.)

 

Non.

Le Japon, c'est aussi ce côté cheap, criard, jovial et cradingue. C'est chaleureux, ça pue, ça sent le quartier qu'est habité dedans.
C'est donc avec un certain enthousiasme que tous les soirs j'enfourche Pimprenelle, mon nouveau vélo et un peu mon Jolly Jumper de greluche sans permis, et que je fonce tout droit vers le soleil couchant en coupant la route aux taxis, en quête du rade qui me prodiguera le pain de ce jour , ou à défaut, mon bout de josken et mon coup de bière du soir.

IMG_2730

 

T'as vu, j'ai traversé au moment où c'était vert pour ma pomme !

J'ai voulu immortaliser ce moment aussi rare que peu susceptible de se reproduire.

 

 

1Je le faisais déjà avant.

2Ca aussi je le faisais déjà avant. Maki et moi avions de fermes croyances communes sur la question.

3Plus que lui, qui n'est finalement pas pire qu'un autre, j'insulte en général copieusement son capitaine. Le crétin qui fait rentrer son adolescent dans l'armée en disant crânement « s'il meurt, j'ai d'autres fils pour le remplacer » avant de s'effondrer en sanglotant comme une Miss France lorsque le mouflet se fait décoller au cimeterre. Ca m'a tout à fait rappelé cette famille de bons Américains dans « Farenheit 9 /11 » qui sont tout fiers d'envoyer leur fils au feu et qui ensuite hurlent leur douleur devant le Congrès en disant que l'intervention américaine en Iraq est un scandale. La guerre, ça tue. Fallait y penser AVANT d'y envoyer vos mômes bande de cons.

4Mais une mort heureuse en pleine extase

5Le pachinko est un jeu d'argent qui rend certaines personnes tellement accro qu'elles font la queue devant le matin en attendant que ça s'ouvre. Le but est de leur sucer tous leurs sous et de briser leur mariage. Ils finissent seuls, abandonnés de tous même de leur plante verte, dans un carton devant la garde dobutsuenmae. La commercialisation de légumes et de riz radioactifs qui a eu lieu de façon infortunée après le tremblement de terre ayant des conséquences à peu près semblables sur le long terme, je considère que ces deux industries partagent beaucoup plus de points communs qu'une flopée de néons arrangés par un décorateur daltonien, lesquels justifient ma comparaison hasardeuse mais lumineuse. Haha.

6Source : http://idees-et-essais-nailart.skyrock.com/2.html (oui un Skyblog, je le référence parce que ça vaut toujours son pesant de maroilles)

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05 janvier 2013

L'année du serpan-dans-l'cul

1

 

Bon, je vais même plus prendre la peine de m'excuser de mon retard.
Par contre je peux te souhaiter une bonne année.
2013 c'est le Serpent. Ca tombe bien car 13 est un chiffre fourbe pour certains et vecteur de chance pour d'autres, et le serpent c'est pareil.

En effet le Serpent est un animal sournois, mordeur, sage et profond mais un peu trompeur, nous informe « mon signe astrologique chinois sans peine »2.

 

L'an dernier c'était le dragon. Un animal arrogant qui te passe sur le ventre pour arriver à ses fins, et donc de façon tout naturelle le signe favori des Chinois qui, dit-on, s'arrangent autant que possible pour fabriquer des enfants ces années-là.

Le Serpent ayant la réputation de ne pas pouvoir garder sa bite (ou son vagin, car ce blog est égalitaire) dans sa petite culotte et de tremper son biscuit (ou de s'humecter les trompes) avec nombre de partenaires dissidents en sus (haha) du partenaire habituel, je pense que les Japonais ont quant à eux tout intérêt à fabriquer des mômes cette année autant que possible. D'ici 15 ans pour les plus précoces, 35 ans pour les autres, ça nous ferait une explosion démographique grâce au modèle sexuel de cet animal-totem et donc à ses méthodes de reproduction certes condamnables sur le plan de la morale mais diablement efficaces. Vu la situation démographique du pays j'appelle ça s'engager pour l'avenir.

mêlée

 "ferme les yeux, bouche-toi le nez et fonce! pense à nos retraites!"

 

Mais vu que la tendance actuelle de la société japonaise serait plutôt à l'accentuation de la ségrégation hommes-femmes, à moins qu'on m'ait pas tout dit sur les dernières avancées technologiques3, pour faire des petits c'est pas gagné-gagné.

En effet, grâce à des traits de génie flattant bassement l'instinct consommateur de la greluche de base, il existe pour lui faire cracher ses ronds et relever l'économie Japonaise qui en a bien besoin, des restaurants pour femmes, des voitures de train pour femmes, des clubs de sport pour femmes et même (le comble ! Où va-t-on pouvoir pécho désormais!) de bars pour femmes. Donc à mon avis c'est pas encore cette année que tout le monde va faire de la mêlée derrière le zinc.

 

Bon pour être complètement honnête, la voiture de train pour femmes, plutôt que de lui faire cracher ses ronds (quoique, certaines utilisent l'espace disponible pour consommer des produits de maquillage) a surtout pour but d'empêcher ta copine Yukiko d'arriver au bureau le matin avec le rimmel qui coule car un salingue a profité qu'elle avait les bras immobilisés dans le train bondé de 7h50 pour lui palper les fesses en toute impunité.

Non là je déconne. Yukiko n'aura pas le rimmel qui coule et elle n'aura probablement même pas dénoncé le salingue, par gêne ou tout simplement parce qu'elle est habituée depuis ses 15 ans à subir les derniers outrages dans le train. Elle en sortira juste avec un mépris un peu plus marqué pour la gent masculine, ce qui n'arrange pas les bidons du Japon éternel mais démographiquement moribond.
En effet, à cause de ce mépris féminin du mâle qui la poursuit de ses assiduités, le mâle revient bredouille de ses tentatives de chope au bar, il est donc frustré, il évacue donc cette frustration de façon malsaine, par exemple en faisant l'inventaire de la dentelle des petites culottes manuellement dans le train. Et voilà le serpent qui se mord la queue. (c'est exactement ce que fait l'homme qui palpe dans le train, et qui sur un plan cosmique amoindrit les chances de pécho pour tous)

 

Je vais pas me lancer dans une analyse sociale du pourquoi du comment on en est arrivés là, parce déjà ça risquerait de faire un post long ctb, qu'après ce blog finirait par avoir des prétentions journalistiques, et que je serais alors obligée de te faire des recherches valides voire même de te citer mes sources quand je te fais une note.
Tu comprendras que je n'ai aucune envie d'en arriver à ces extrémités.

Je note juste qu'au Japon les hommes et les femmes vaquent de façon de plus en plus unisexe et séparée, que les couples mariés aussi vaquent de moins en moins conjointement et se reproduisent de moins en moins également (j'y vois un lien de cause à effet), que ça commence à puer du cul question équilibrage du budget retraites et que ni les hommes ni les femmes ne font grand-chose pour améliorer cette situation tendue, un peu comme le contenu du caleçon de tous ces hommes frustrés dont, je le signale au passage, ceux qui tripotent le plus fréquemment les passagères du train ne sont pas, contrairement aux idées reçues, de vieux saligauds quinquagénaires, mais bien de jeunes boutonneux surexcités entre 20 et 25 ans, ce qui laisse rêveur quant à l'image qu'ils ont de la femme et de ce que ça présage pour leur avenir matrimonial4.
En bref, comme aurait dit ma grand-mère : ça craint pour la suite.

La situation est également tendue comme les extrémités qui, contrairement au journalisme, m'intéressent de façon bien tangible voire palpable, et comme c'est l'année du Serpent je pourrais me dire que j'ai toutes mes chances de pécho, mais rapport au contexte social actuel ça paraît un peu tendu. Comme les extrémités justement. Le serpent se fourre encore une foie la queue dans la bouche. A défaut de pouvoir y fourrer celle de quelqu'un d'autre.

 

Je sens que tout ça ça va se finir un matin de printemps dans une rame de métro bondée où, sous la pression conjuguée d'une libido insatisfaite (syndrome masculin) et d'une velléité de vendetta pour Yukiko et toutes les autres (syndrome féminin), je finirai par craquer mon slip, et j'échouerai en prison après avoir agressé sexuellement à travers le tweed de son pantalon de costard un sexagénaire directeur de département ressources humaines qui sera sûrement ébaubi et un peu traumatisé par l'aventure.

Au moins en taule j'aurai du temps pour t'écrire des notes. J'aurai peut-être même des trucs rigolos à te raconter sur les douches.

 

1Ce titre est une antithèse. Ce qui ne signifie pas qu'il y ait une thèse défendue dans cette note, on se connaît assez bien maintenant pour que tu saches sans que j'aie besoin de l'expliquer que mes sources sont aussi fiables qu'un rapport de sûreté nucléaire délivré par la Tepco. Ca signifierait plutot que justement, ça fait pan dans le cul de personne pour les raisons que j'explique un peu plus loin.

2Source : l'encadré au dos du paquet de ta soupe de nouilles instantanées.

3Je te connais, tu es pinailleur et un peu soixante-huitard, tu vas donc me parler de la fécondation in vitro et/ou des banques de sperme et ajouter qu'on peut très bien faire un bébé toute seule (source : Jean-Jacques Goldman), ou à deux de manière unisexe. Je te répondrai que tu as entièrement raison. Mais si tu connais un peu qui c'est qu'est au pouvoir au Japon et leurs idées sur la famille en général et la reproduction en particulier, tu sais que c'est pas trop-trop l'option plébiscitée par le gouvernement japonais en ce moment (source : les discussions entendues près de la machine à café située stratégiquement à côté de mon bureau).

4Là un journaliste te citerait ses sources, un pourcentage de plaintes déposées ou autres. Je ne suis pas un journaliste et je n'en ferai rien, surtout parce que je suis incapable de me rappeler où j'ai lu ça. Par ailleurs je sais pas si t'as remarqué mais c'était le grand retour de la phrase de 9 lignes. De temps en temps il en faut pour pas perdre la main.

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08 août 2012

SM Clinique

Tu vas encore m’accueillir avec les bas qui plissent et le rouleau à pâtisserie en m’accusant d’être en retard et de rentrer encore soûle comme un cochon.

Je vais me dédouanner avec les excuses habituelles :

  1. Je suis une grosse menteuse, faut jamais me croire quand je te promets des étoiles, des voiles et de la note hebdomadaire
  2. Je suis salariée et à ce titre de temps en temps, forcée de travailler. Comme par exemple le mois dernier quand j’ai dû babysitter des producteurs de foie gras au Japon pendant deux semaines avant de babysitter des collègues japonais en France pendant une autre semaine. Il faudra d’ailleurs qu’un jour je te raconte ces épiques moments de tourisme de l’extrême[1] composés de cigarettes fumées en toute illégalité (et ce malgré mes sévère exhortations) dans les chambres non fumeur, de traumatismes suite à une puissante engueulade prodiguée par une grosse Antillaise qui travaille à CDG qui laissa mes deux collègues tremblants sur le carreau, et comment l’un d’entre eux a même tenté de pécho la mère tape-dur de chez notre fournisseur de viande de porc en Bretagne profonde. Tout ceci sans la moindre langue de communication commune avec les protagonistes français.

Mais ce serai pour une autre fois. Cette fois-ci je vais te parler de ma troisième excuse :

  1. J’ai la hanche qui s’démanche

Je te la fais courte parce que je sais que t’as ta dose avec taty Germaine qui te parle de sa sciatique, mais en gros ça fait des années que je me roule sur des tatamis, que je me prends des gants de boxe dans la gueule et en cadeau bonus une chute de cheval avec triple loops piqué et réception sur la tête le mois dernier.

Bref, je commençais à me plaindre de mon dos à chaque changement de temps et à commenter avec la vieille du bâtiment d’à côté le fond de l’air qui est frais.

Ca ne pouvais pas continuer comme ça, je pouvais pas continuer à me transformer en vieille. Je suis trop jeune pour le cabas et le serre-tunnel en plastique sur la tête.

Je suis donc allée chez le bobologue de l’os, le rebouteux de la jointure, le craqueur de cartilages, j’ai nommé le seikotsuin.

Ce genre d’établissement à vocation de parloir de village n’existe pas dans notre Gaulle natale, mais imagine un chyropracteur où la fruitière d’en face vient faire un saut dix minutes pour se faire mettre un petit coup dans la nuque, ça te donne une idée de la chose.

 

liliane

« Grâce au programme « carambolage et rempotage » de mon seikotsuin, je me sens à nouveau femme »

 

Bon, comme la fréquentation de la vieille du bâtiment d’à côté ne me suffisait plus, j’ai décidé de m’aventurer dans ce paradis de la mémé.

D’entrée de jeu, le cerbère à l’accueil me harangue car il me chope sur la banquette d’attente en train de croiser le jambes. Je comprends assez rapidement que c’est un crime capital au sein de ce cabinet. Après dix minutes passées sous son regard acéré à imiter du mieux que je peux Akenathon, le dos droit, les mains bien à plat sur les cuisses, les genoux serrés comme si j’avais envie de pisser et les fesses serrés de peur de péter, ce qui risquerait de me faire à nouveau incendier pour avoir mis en danger l’intégrité de mon coccyx lors de cette déflagration brutale, je suis appelée par son sémillant collègue. Lequel me tâte et me malaxe le cou, le dos et les hanches d’une façon que je n’avais encore jamais expérimentée dans un contexte où je garde ma culotte, avant de décréter que je suis mise comme un bretzel et qu’il va falloir rempoter tout ça.

Et de m’empoigner le cou, qu’il fait tourner avec la brutalité des serviettes de Patrick Sébastien du méchant de Batman : The Dark Knight Rises. Apres une série de craquements terrifiants qui me laisse à penser que j’ai été assassinée, il m’annonce que la vertèbre délinquante est rentrée dans le rang. Je me dis qu’après une branlée pareille elle avait intérêt, après pour la remettre à sa place il restait plus que la prison pour mineurs. Ensuite, me saisissant par-derrière dans une étreinte osée qui fait friser coupablement la dentelle de ma petite culotte, il fait la même chose avec mon dos. Le bruit résultant aurait fait une phrase de percussions tout à fait acceptable dans une chanson d’Emilie Simon.

Pour finir je suis collée sur un lit de massage pliable avec des électrodes dans le dos. C’est un peu comme se faire faire des papouilles par des sangsues. J’admire les gens capables de se soumettre à cette torture dans l’espoir de faire travailler leurs abdos sans devoir cesser de boire leur coca devant la télé.

Bref ce fut une journée pleine de découvertes défrisantes, et une très bonne initiation pour qui prévoit pendant ses vacances un séjour chez maîtresse Cruella, bondage, massage et rempotage[2] sur Folsom Street, San Francisco.

Bon. Soit ma joie fut mal dissimulée, soit le sémillant sensei a des instincts d’inquisition espagnole, mais depuis une semaine je suis conviée à subir le même traitement tous les jours. J’ai refusé le traitement électrique, ne me sentant pas prête à pousser à ce point mon initiation SM, par contre les dislocations de la hanche qui se démanche et se remmanche continuent à se produire avec une régularité musicale qui enchanterait tout compositeur un peu avant-gardiste. Et ajourd’hui j’ai eu le droit au Spécial, où le cerbère de l’entrée et le grand inquisiteur se sont assis à DEUX qui derrière moi, qui devant moi dans une position qu’on s’attendrait plus à trouver au centre de l’action d’une oeuvre cinématographique comme « Jeannine et la double quenelle ». Bref. Pendant qu’ils s’y mettent à deux pour faire à nouveau subir les derniers outrages à mes vertèbres violentées, je me sens un peu dans la peau de la sorority girl avec le capitaine de l’équipe de foot et son coach sur le dance floor.

A la fin de la séance, après avoir été retournée et palpée dans tous les sens sur le tapis de sol par mes deux tortionnaires, dépeignée et émotionnée, je ramasse mon portefeuille et mon téléphone portable et me dirige vers la sortie en chancelant. Alors que je passe devant l’accueil, le cerbère lève son oeil acéré sur moi et, sans pitié, me demande 15 euros.

Fourbue, la culotte en piou et le chignon à la dérive, je paye.

 

J’espère qu’au moins je pourrai toucher des royalties quand le film sortira.

Je verrais bien comme titre «la blonde, la brute et le lit pliant».



[1] J’ai failli te mettre un jeu de mots de type « les aventures d’Indiana Jaune et le temple de la grosse Alix » et puis je me suis dit que ça faisait deux jeux de mots racistes en une phrase et que je risquais de me faire hacker le cul

[2] On dit Bondassage-rampotage pour les intimes. Et comme d’habitude, vu que tu me crois pas, je suis obligée de prouver la véracité de mes propos.

TIENS : http://www.sfbg.com/sexsf/2010/08/02/bondassage-gets-kink-your-back

22 mars 2012

Mother of the Year

 

Je suis dans l’groove, ami lecteur.

Le coup de la brève de comptoir c’était une illumination du Saint-Esprit.

A quelques jours de distance, EU’J’REPOSTE.
(oui parfois pour ne pas oublier la belle pluralité de notre culture française, je te fais des petits accents locaux. La c’était mon interprétation du Pas-De-Calais).

 

A partir de maintenant, tu vas te faire spammer le RSS comme si c’était ton vieux blog sur 20six , j’te préviens.[1]

Alors hier j’étais comme d’ordinaire dans mon rade favori du bas de la rue, en train de vider des godets et de tenter d’enseigner trois pas de danse bretonne à la compagnie, malheureusement en vain. Au passage je te raconte pas comment va craindre du cul le premier fest deiz d’Osaka qui a lieu ce dimanche, j’ai des bonnes chances de me faire étrangler par ceux à qui on avait vendu du rêve et de la geisha à poil dans ses boutoucoats une fois qu’ils se seront rendus compte de la supercherie malhonnête en m’apercevant seule dans ma marinière, serrant sur mon coeur mes CDs des Sonerien Du.

(ah tu le saviez pas, hein, que j’aimais les danses bretonnes. Et qu’en plus j’avais décidé d’élargir le cercle de ma nuisance sur Osaka. T’inquiète j’ai encore plein de vices cachés comme ça, on a beau se connaître depuis huit ans on s’est pas encore tout dit).

Donc voilà, on était en train de mettre des coups de pieds dans les meubles quand soudain...

Soudain débarque une nouvelle habituée que je ne connaissais pas, et pourtant vu que je suis devant, derrière et parfois sous ce zinc presque tous les jours que Saint Pampalon[2] fait, je te garantis que je les connais toutes, et même parfois la couleur de la culotte de celles qui tombent de leur tabouret.

Donc cette jeune personne arrive en traînant derrière elle une autre jeune personne mais plus jeune et de moins d’1m50.

Il nous faut à tous un moment pour tirer la conclusion logique des informations rapportées par nos yeux incrédules : une enfant. Dans ce bar. Avec des Français qui cavalent en mettant des coups de coude dans les fumeurs installés au comptoir et occupés à lever leurs coudes à eux, tout en écoutant le barman raconter une histoire de cul.

Hot damn.

On arrête les coups de pieds, les coups de coudes et même l’âpre compétition de lever de coude au bar est interrompue car on essaye de trouver un tabouret pas trop sale pour la mouflette qui nous regarde placidement.
Il  s’avère que la jeune personne est une maman de 42 ans et que son enfant en a 9. C’est trompeur l’âge chez les Japonaises.
Elle vient nous voir avec sa progéniture car la progéniture n’a pas de babysitter et elle, elle a un mec français. La connection ne me paraît pas flagrante.
Une heure plus loin, la connexion ne me paraît toujours pas évidente mais ce qui est certain, c’est qu’il est 23 :30, que la morveuse en a rien à carrer que je sache faire l’ombre d’un lapin sur le mur avec mes doigts, qu’elle a fini son verre de guernadine et qu’elle se fait chier comme un rat mort. Assise sur son petit tabouret, écrasant avec sa paille les quelques gouttes qui traînent encore au fond de son verre, elle raconte pas grand-chose si ce n’est, sur sollicitation, qu’elle est moyennement ouachée par le lumineux projet maternel qui consiste à les exiler à Paris.
Je peux comprendre qu’à 9 ans on ait peur de partir à l’étranger, et apparemment elle est particulièrement traumatisée par le fait qu’on la fera dormir dans une chambre à part et non plus avec maman. Je préfère ne pas lui expliquer qu’elle sera encore plus traumatisée si elle continue à dormir dans le même lit que maman.

Bref, cette maman responsable qui est en train de descendre son énième verre m’explique que son mec a un bon boulot à Paris mais qu’elle est pas trop-trop sûre de son plan car dit-elle, il se plaint de ses cheveux noirs par terre dans la salle de bains et de ce qu’elle utilise trop de PQ.
Inutile de te dire qu’en entendant ces propos, je flaire instantanément le mari et beau-père modèle. 
Notre cliente n’a pas l’air de partager le sixième sens féminin qui se met en alerte chez toutes les usagères au comptoir alors que nous tentons de lui insinuer délicatement que son projet est daubé du cul.
Du coup pour me prouver que j’ai bien tort, elle l’appelle et me colle son téléphone dans l’oreille. Je reprécise à toutes fins utiles que jusqu’à ya une heure je n’avais jamais vu cette greluche de ma vie. Tout ce que je déduis d’une conversation de deux minutes avec un mec aussi ahuri que moi c’est qu’ aucun de nous deux n’a vraiment compris ce que l’autre venait foutre au bout de la ligne.
Je tente l’argument de la dernière chance : oui mais et la gamine, elle va aller à l’école ou bien ? Ce sera pas trop dur pour elle de quitter tous ses repères ? La mère répond avec philosophie que de toutes façons elle est incapable de lire le japonais et que donc elle ne pourra qu’être plus heureuse en France.

Bon.

Pour regarder le côté positif des choses, on peut se dire qu’au moins à Paris la mioche aura moins de chances de manger des légumes radioactifs.

Par contre elle risque de se faire tirer son passeport à Châtelet et après elle sera sans papiers et il ne lui restera plus qu’à intégrer une fabrique de gyoza illégale dans le quartier chinois où elle travaillera misérablement jusqu'à la fin de ses jours. Et quand elle sera trop vieille pour travailler elle sera mise dans un charter à destination de Kaboul parce que les mecs de l'immigration ils ont pas des très bons yeux.



[1] Et c’est là que les requêteurs google égarés qui pensaient naïvement trouver des photos de cul mettant en scène des bigoudènes et la mule du curé de Camaret, ce qui les trahit comme ayant moins de quinze ans ou plus de soixante-quinze ans, se demandent tous ce qu’est 20six.

[2] Bon je t’explique plus, tu sais comment on fait : tu regardes sous glouglou, tu comprends que comme d’habitude je t’ai raconté des conneries, tu rigoles un peu s’il te plaît, et puis pour finir tu remercies Google de t’avoir empêché de passer pour un oursin dans la bonne société de ton village.